Cyclisme : une journée avec Thierry Bricaud

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Mercredi 9 h 30 Dans l'est de Marseille, le parking du Novotel ressemble un peu à l'aire de départ d'un prologue. L'hôtel accueille une partie du plateau du Tour Méditerranéen, l'une des premières courses à étapes du calendrier cycliste. Directeur sportif de la Française des Jeux, Thierry Bricaud va d'un véhicule à l'autre. Du chauffeur aux kinés, l'équipe mobilise une vingtaine de personnes sur cette épreuve. Machines à laver, pièces de rechange, groupe électrogène, douches ambulantes. « On doit pouvoir être totalement autonomes », explique Marc Madiot, le patron de la formation cycliste. A quatre heures du départ, Thierry Bricaud a un oeil sur le trajet emprunté par le bus, un autre sur la préparation des bidons.

11 h 30 Etape du jour : Marseille-Marignane, 110 km. Dans le bus des coureurs, les étrangers ont leurs habitudes dans le salon du fond. Les Français, eux, monopolisent les banquettes avant. « Les premières courses, il faut reprendre ses marques. Se réhabituer à ce qu'est un peloton », souligne Sandy Casar. Madiot et Bricaud rassemblent leurs troupes pour un ultime briefing. « Si dans les vingt-cinq derniers kilomètres on s'oriente vers un sprint, soyez attentifs aux ronds-points», prévient Thierry Bricaud.

12 h 30 Rituel d'avant-course devenu incontournable : le test des oreillettes. Chaque coureur peut ainsi communiquer en permanence avec son directeur. Dans la voiture, Thierry Bricaud règle les fréquences. « Pour ceux qui n'ont pas le sens de la course, c'est une vraie aide. Cela évite surtout de prendre des risques en remontant le peloton en voiture à chaque fois que tu veux parler à un coureur.»

13 h 30 Première descente et première échappée. Sur « radio course », qui délivre l'info officielle à tous les directeurs sportifs, Raymond Poulidor détaille la composition du groupe. La Française des Jeux a un homme devant : Rémy Di Gregorio, le local de l'étape. « C'est bien, encourage Thierry Bricaud dans son oreillette. Surtout, on n'en rajoute pas. » Olivier, le mécanicien, énumère coureur par coureur l'emplacement des vélos de rechange sur le toit du véhicule. Au cas où.

14 h Nouvelle échappée. Cette fois, ils ne sont que deux, dont Sandy Casar, l'un des leaders de l'équipe. En quelques kilomètres, leur avance grimpe à plus de deux minutes. « C'est le scénario idéal les gars », félicite Thierry Bricaud à la radio. Hors micro, il est moins enthousiaste : « Il reste 70 kilomètres. Si les équipes de sprinteurs se mettent à rouler, ça ne servira à rien. »

14 h 30 Les deux hommes de tête creusent l'écart. Quatre, puis six minutes d'avance. « On va peut-être aller voir Sandy », suggère Thierry Bricaud. Marc Madiot récupère une voiture empruntée le matin par un représentant du sponsor. Il charge le vélo de rechange de Casar, puis file se placer derrière son coureur. A l'arrière du peloton, son adjoint continue de gérer la course.

15 h Les coureurs entrent dans Marignane. Restent 12 kilomètres avant l'arrivée. L'avance des échappés a fondu. Moins de deux minutes. Thierry Bricaud appelle Madiot au téléphone. « Tu stresses un peu ? Comment est Sandy ? » 15 h 30 Alors que l'étape se joue à l'avant, « radio course » est devenue complètement muette. Thierry Bricaud ouvre les fenêtres pour demander de l'info aux spectateurs. « ça va se jouer à un poil de cul. » Les deux échappés sont rejoints à un kilomètre de l'arrivée. Déception dans la voiture. Le directeur est peu bavard. « Les occasions comme ça, elles ne sont pas nombreuses dans une saison. »

Grégory Magne (Kaora Press)