Quand le bivouac tente de garder bonne mine

DAKAR 2011 Trois mois après leur libération, les mineurs chiliens rendent visite aux concurrents du Dakar...

Romain Scotto, à Copiapo

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Les mineurs chiliens emprisonnés dans la mine de San Juan, en visite sur le bivouac de Copiapo, le 11 janvier 2011 pendant le Dakar.
Les mineurs chiliens emprisonnés dans la mine de San Juan, en visite sur le bivouac de Copiapo, le 11 janvier 2011 pendant le Dakar. — N.Pisarenko/Sipa

De notre envoyé spécial à Copiapo (Chili),

Retrouvez le blog de notre envoyé spécial...

Et le carnet de bord de Guerlain Chicherit...

La fièvre émotionnelle qui touche le Chili depuis la libération de ses 33 mineurs pousse certains aficionados à de drôles de folies. A moins qu’ils ne se moquent gentiment de la mise en scène prévue mardi après-midi sur le bivouac. Treize des rescapés de la mine débarquent dans le carré VIP, quand l’autoradio d’un 4X4 exhume les Corons de Pierre Bachelet. Ambiance Stade Bollaert à Copiapo, la ville étape du Dakar située à une demi-heure de voiture de la mine de San Juan, nouveau lieu de pèlerinage de la région.

Aux portes du désert d’Atacama, la vie souterraine des mineurs bloqués a attiré récemment plus de visiteurs que le Dakar. Aujourd'hui encore, les voitures de touristes affluent sur la petite route qui brave la chaleur du désert. Autour du forage, le paysage est lunaire. Des dunes à pertes de vue, puis un dernier virage à droite, une barrière, et deux «carabinieros». Trois mois après la libération, l’entrée de la «mineria» est grillagée et fermée au public. En cas d’intrusion sur la zone protégée, Patricio pointe la main sur son arme. L’agent de police explique que «la montagne est très fragile et menace de s’effondrer.»

Leur vie, un feuilleton

Le lieu n’est donc plus du tout exploité. Les 800 personnes travaillant sur le site ont disparues, laissant la place à certains visiteurs en quête d’un morceau de quartz. Souvenir authentique. A flanc de colline, il est encore possible de lire les messages de soutien, écris par les familles. Depuis, la vie des hommes à lunettes noires est filmée en mondovision. Les histoires d’amour des uns et les visites promotionnelles des autres se suivent comme un feuilleton.

Pour booster le capital sympathie de leur épreuve, les organisateurs du Dakar ont donc lancé l’invitation. Diego Maradona n’avait pas donné son accord, il y a trois ans, mais les mineurs chiliens, eux, sont plus abordables depuis leur évacuation. «C’est très gratifiant d’être sur le bivouac, parce qu’on n’avait jamais eu l’occasion d’y entrer», avance Ariel Ticona, l’un des anciens prisonniers de San Juan. Le rescapé ne connaît rien au sport auto. De toute façon, il n'est là que pour la photo.

Pas vraiment passionnés par le sport auto

Victor Zamora, le poète de la bande, n’avait jamais vu non plus les voitures de si près. Même constat pour Esteban Rocca, qui trimballe un maillot de Manchester United sur son dos. «Je ne connais rien du tout à part Chaleco Lopez et Jaime Prohens», les gars du coin. Après la bousculade initiale et la séance photo devant la nacelle qui les a libérés, les sept mineurs sont trimballés un peu partout dans le bivouac. Le planning de la journée est serré. Plateaux télés, accueil des concurrents, pot du gouverneur puis remise de médaille. Un vrai programme de rock star pour soigner l’image du Dakar.