Fifa: Blatter tient la barre malgré les secousses

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Joseph Blatter a montré jeudi qu'il tenait fermement la barre de la Fifa, faisant triompher sa logique d'expansion avec les choix controversés de la Russie et du Qatar pour les Mondiaux-2018 et 2022, infligeant du même coup un camouflet à l'Angleterre, à l'origine des soupçons de corruption.

Fragilisée par les révélations des médias anglais, l'instance suprême du ballon rond a donc fait bloc derrière son patron et a suivi à la lettre ses recommandations. A sept mois du Congrès de la Fédération internationale où il compte briguer un quatrième mandat, Sepp Blatter (à la tête de la Fifa depuis le 8 juin 1998) a montré tout son savoir-faire, faisant fi des imperfections techniques des dossiers russe et qatari.

Celui qui a ouvert les portes à l'Asie (Japon-Corée du Sud en 2002) et à l'Afrique (Afrique du Sud en 2010) se positionne ainsi plus que jamais comme l'homme de la mondialisation du football et s'attire surtout des soutiens de poids en Europe de l'Est et au Moyen-Orient dans l'optique de sa réélection programmée.

Le message d'unité a été très clair. Ebranlée par les accusations de corruption visant des membres du Comité exécutif lancées d'abord par le Sunday Times en octobre puis la BBC, ce lundi, la Fédération internationale a pris une revanche éclatante en éjectant dès le premier tour le grand favori anglais, au dossier pourtant irréprochable dans la course pour la Coupe du monde 2O18.

Avec seulement deux petites voix dont celle de son propre représentant (Geoff Thomson), l'Angleterre a payé très cher les enquêtes de sa presse et s'est retrouvée isolée.

Mais la Fifa et son président, qui rêvent d'un Mondial en Chine en 2026, devront désormais se débattre avec les critiques sur le poids de l'argent dans leurs décisions, au mépris de tout critère technique.

Comment sinon expliquer le choix pour 2022 du Qatar, richissime émirat pétrolier et gazier, au dossier incertain mais qui l'a emporté sur la base d'un projet pharaonique (60 milliards de dollars d'investissements)?

Le Premier ministre russe Vladimir Poutine a lui insisté jeudi sur l'aide que devraient fournir le conglomérat pétrolier Loukoil et l'oligarque Roman Abramovitch, propriétaire de Chelsea, dans la réalisation des différents chantiers pour le Mondial et avancé le chiffre de 300 milliards de roubles (7 milliards d'euros).

Le président américain Barack Obama, dont le pays a échoué au dernier tour pour 2022, a été le premier à s'émouvoir face aux victoires surprises de la Russie et du Qatar, qualifiant la décision de la Fifa de "mauvaise".

Mais c'est fort logiquement d'Angleterre que sont venues les attaques les plus virulentes. Sans évoquer la question de la corruption, le chef du comité de candidature de l'Angleterre, Andy Anson, a plaidé pour un changement du processus de désignation.

"Le fait que les votants ne sont que 22 leur donne trop d'influence. Il faut ouvrir (le processus) à toutes les fédérations membres et faire la transparence afin qu'on sache qui a voté pour qui", a-t-il expliqué.

La presse anglaise, à la pointe dans les révélations de cas de corruption, a pris encore moins de gant.

"Truqué!", titre en Une le quotidien le Sun alors que le Times a lui pointé la corruption au sein de la Fifa. "Le système de désignation des pays-hôtes de la Coupe du monde est atrocement corrompu", a jugé le quotidien.

"La Russie, un Etat mafieux pourri jusqu'à la moelle par la corruption; le Qatar, un royaume médiéval sans liberté d'expression; les deux nagent dans l'argent du pétrole", a également écrit le tabloïd The Daily Mirror.

En écartant l'Angleterre, la Fifa a voulu montrer qu'il y avait une ligne rouge à ne pas franchir. Mais l'institution et son président n'ont sûrement pas finis d'être dans le collimateur des médias anglais, prêts à tout désormais pour prendre leur revanche.