Pourquoi le XV de France a-t-il autant de mal à marquer des essais?

RUGBY Les Français n'ont jamais aussi peu marqué que depuis deux ans...

Alexandre Pedro (avec N.S.)

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Pour le reste, la charpente de l'équipe victorieuse de l'Argentine est reconduite dont le cinq de devant, grand artisan du Grand Chelem dans le Tournoi des six nations au printemps. En l'absence d'Harinordoquy et avec Julien Bonnaire sur le banc, Julien Pierre dirigera le secteur de la touche.
Pour le reste, la charpente de l'équipe victorieuse de l'Argentine est reconduite dont le cinq de devant, grand artisan du Grand Chelem dans le Tournoi des six nations au printemps. En l'absence d'Harinordoquy et avec Julien Bonnaire sur le banc, Julien Pierre dirigera le secteur de la touche. — Franck Fife afp.com

Ces Bleus là ne marquent pas. Face à l’Argentine, le XV de France a offert une victoire sans essai au public de Montpellier, un scénario déjà éprouvé contre l’Angleterre en mars dernier. Depuis 2008, les hommes de Marc Lièvremont carburent à un rythme de 2,1 essais, soit la moyenne la plus faiblarde depuis trois décennies. Le constat est un peu toujours le même: Les Bleus ont des ballons (merci la conquête) mais ne savent pas toujours quoi en faire.

Bonjour tristesse ne manque pas de glisser les prosélytes d’un rugby plus ambitieux. «Je ne vois pas où ils veulent en venir», souffle Jean-Baptiste Elissalde. L’entraîneur des arrières du Stade Toulousain est assez jeune pour avoir connu les débuts de trio Lièvremont-Ntamack-Retière à la tête de cette sélection. C’étant avant le tournant de la rigueur de 2009. «Je n’ai fait que les deux premières années avec ce staff, et c’était du hourra-rugby. On devait attaquer dans tous les coins du terrain, et on en est revenu…»

«Le défi physique est parfois la meilleure solution»

Mais pas de quoi non plus taxer Lièvremont et ses adjoints d’empêcheurs d’envoyer le ballon aux ailes. Contre des Argentins bien organisés défensivement, les Bleus ont essayé d’écarter le ballon. En vain. Peut-être par  maladresse ou par manque d’automatismes dû à la dernière revue d’effectif voulue par Liévremont, les Français ont donné la désagréable impression de pouvoir se passer le ballon pendant des heures sans franchir la défense adverse, à l’exception d’Aurélien Rougerie. S’il s’occupe des avants, Didier Retière a son mot à dire sur cette atonie offensive. Pour lui, le salut ne passe pas par une surenchère de passes. «La France a une grosse tradition de jeu de passes. Du coup, les joueurs admettent mal que le défi physique est parfois la meilleure solution pour faire vivre le mouvement. Et comme les soutiens n’étaient pas toujours en place, on s’est retrouvés avec du jeu latéral».

Et si le problème dépassait le cadre des querelles esthétique chères au rugby français? Depuis quelques années,  l’en-but adverse tendrait à devenir de plus en plus une terre lointaine à entendre Christophe Lamaison. «C’est un problème de l’évolution du rugby en lui-même, observe l’ancien artilleur briviste Aujourd’hui, il est presque impossible de marquer en première main. Les équipes cherchent à dresser un rideau défensif hermétique, déplacer le ballon devient risqué. C’est pour ça que les bons buteurs sont si recherchés». Cette impuissance relative ne frappe pas que la France.  Malgré des ambitions de jeu affichées et revendiquées, l’Australie (prochain adversaire des Bleus samedi au Stade de France) a eu toutes les peines du monde pour inscrire deux petits essais contre l’Italie. A croire que les festivals d’art et d’essais appartiennent à une époque peut-être révolue.