26e Marathon des Gorges de l'Ardèche: une rivière nommée désir

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Les 26e Marathon et Challenge des Gorges de l'Ardèche ont de nouveau célébré, samedi, l'histoire d'amour qui unit ce site exceptionnel, témoignage géologique d'une érosion spectaculaire, aux pagayeurs en eaux libres, "pros" et amateurs, français et étrangers.
Les 26e Marathon et Challenge des Gorges de l'Ardèche ont de nouveau célébré, samedi, l'histoire d'amour qui unit ce site exceptionnel, témoignage géologique d'une érosion spectaculaire, aux pagayeurs en eaux libres, "pros" et amateurs, français et étrangers. — Mathieu Morverand AFP

Les 26e Marathon et Challenge des Gorges de l'Ardèche ont de nouveau célébré, samedi, l'histoire d'amour qui unit ce site exceptionnel, témoignage géologique d'une érosion spectaculaire, aux pagayeurs en eaux libres, "pros" et amateurs, français et étrangers.

Ils étaient plus de 1600 sur l'eau, entre Vallon-Pont-d'Arc et Saint-Martin-d'Ardèche à bord de 722 embarcations, du kayak monoplace (K1) au canoë 9 places (C9).

Avec comme chaque année trois ou quatre fois plus de spectateurs sur les berges et en haut des belvédères qui surplombent à 2 ou 300 mètres de hauteur les méandres de la rivière, pour assister à cette grande communion du sport et de la nature.

"C'est certainement la plus emblématique et la plus belle des compétitions en eaux libres", estime Vincent Hohler, le président de la Fédération française de canoë-kayak qui a couru cette année le Challenge avec un équipage lorrain sur un C9.

Dix heures du matin en amont du Pont d'Arc, arche naturelle de 60 m de haut creusée au fil des siècles par la tumultueuse Ardèche: ils sont près d'un millier, de tous âges et nationalités, hommes, femmes, adolescents casqués, sanglés dans des combinaisons en néoprène bigarrées et ceints du gilet de sauvetage.

Les canoës sont alignés sur la plage en une masse compacte. Le soleil qui soudain incendie le faîte du pont de calcaire, donne le départ. Les pagaies s'entrechoquent et une immense clameur monte, qui vient rebondir sur les parois des majestueuses falaises blanches.

Comme une grande nappe au cent couleurs, les embarcations collées les unes aux autres s'ébranlent en un mouvement tournant plein Est, pour prendre le fil de l'eau. Peu à peu, le paquet compact devient un long serpent qui file vers l'aval. Le Challenge est en route.

Une heure plus tard, à quelques kilomètres en amont, c'est le départ du Marathon sous le pont de Salavas à Vallon. L'ambiance est plus "compet". Là, on joue la gagne et nombre d'habitués des podiums internationaux sont là qui se concentrent, les doigts crispés sur les pagaies.

En trois-quart d'heure, à mi-parcours, les plus forts rattraperont et dépasseront les canoës du Challenge.

A bord du C9 lorrain, Vincent Hohler, à la poupe, est le pilote et patron. Les hautes falaises couvertes d'une végétation de garrigue à leur base, défilent. Certaines lisses, d'autres criblées de trous abritant nombre de grottes et excavations.

"Attention, rapide et rochers à droite. Forcez, forcez", crie le pilote.

Le C9 évite un travers, poussé par un contre-courant. Il faut éviter la "boussole" (se retrouver la proue vers l'amont) ou une cravate (rester coincé contre un obstacle).

Les équipiers redoublent de vigueur. On tutoie le mur de calcaire de la rive, mais ça passe. D'autres, moins chanceux, heurtent violemment un haut fond, crèvent leur embarcation et se retrouvent à l'eau, secourus par les pompiers.

Et bientôt les forts en thème du Marathon déferlent dans le dos des "Challengers" comme une charge de cavalerie nautique. Ils les dépassent. Parfaite synchronisation des coups de pagaies, embarcation légères et effilées qui tracent leur sillage en se jouant des pièges de la rivière. L'ambiance est moins festive. Les visages des marathoniens sont fermés, concentrés sur l'effort et le chrono.

Peu avant Saint-Martin-d'Ardèche, la rivière s'élargit. La fin est proche et les premières notes d'une fanfare d'accueil roulent sur le flot. Peu importe le podium. Une seule idée traverse alors les esprits: "On l'a fait".