Nicolas Mahut: «J'ai envie d'exister autrement»

INTERVIEW Opposé à Gasquet au premier tour du tournoi de tennis de Bercy, le Français rêve d'un exploit, après avoir perdu à Wimbledon le match le plus long de l'histoire...

Propos recueillis par Romain Scotto

— 

Nicolas Mahut s'est surtout fait connaître pour son match de onze heures à Wimbledon.
Nicolas Mahut s'est surtout fait connaître pour son match de onze heures à Wimbledon. — P. EMILE / SIPA

Quatre mois et demi ont passé, mais le sujet revient toujours sur la table. Nicolas Mahut n’est plus le même joueur de tennis depuis son match mythique, perdu au premier tour de Wimbledon face à John Isner (70-68 dans le 5e set). Avant son premier tour face à Richard Gasquet, celui qui bénéficie d’une wild-card à Bercy se confie…
 
Jouer sur le Central de Bercy, face à un Français, cela ne vous rend pas un peu nerveux?
Non, c’est un super cadeau que les organisateurs m’ont fait. On doit en profiter, c’est le dernier tournoi de l’année. J’espère me régaler, me lâcher dans mon jeu d’attaque. Chaque fois que j’ai joué contre lui, j’avais le sentiment que c’était difficile. J’avais un petit complexe, son jeu ne me convenait pas. J’entrais sur le court et je n’étais pas convaincude pouvoir gagner. Le match était perdu d’avance à 80%. Là, j’ai clairement changé d’état d’esprit.
 
En cas de victoire, Federer vous attend au tour suivant. Cela peut-il vous motiver?
Je n’y pense absolument pas. Mais ce serait la cerise sur le gâteau. Pour moi, jouer contre Richard, c’est déjà un gros défi. Il serait plus légitime de poser la question à Richard. Lui y pense peut-être un peu, déjà.
 
Comment se passe votre collaboration avec Nicolas Escudé, qui vous épaule sur quelques tournois?

Très bien. En fait, on s’était vu l’été dernier au mariage de Thierry Ascione. On a discuté. L’idée a germé dans ma tête. J’avais envie d’améliorer mon jeu d’attaque: je l’exploitais sur gazon mais j’ai plus de mal sur les autres surfaces. Il va m’aider à évoluer. Dans le placement, le travail technique, son approche et sa philosophie de jeu, j’en avais besoin.
 
Se passe-t-il  un jour dans votre vie sans qu’on vous parle de ce match mythique de 11 heures, perdu contre Isner?
Ça s’est un peu clamé ces derniers temps. Mais depuis cet été, c’est vrai que c’était quasi quotidien. Que ce soit de la part de fans de tennis, ou de personnes qui ont juste entendu parler du match. Quelque part, c’est normal. J’ai pris conscience que ça avait marqué énormément de personnes. Certains me félicitent, d’autres me réconfortent. Moi j’essaye de le mettre entre parenthèse pour avancer. Ça restera le plus grand moment de ma carrière. Il faut que je m’y habitue.
 
Cela ne vous gonfle pas encore?
Je ne peux pas dire ça. Ça a marqué ma vie et j’arrive à comprendre que les gens m’en parlent tout le temps. A moi de tout faire pour qu’on parle de moi autrement, à travers d’autres exploits. Même si quelque part, j’en suis très fier, j’ai envie d’exister autrement.
 
Cela a-t-il changé votre vie?
Non. J’ai toujours la vie d’un joueur qui est 135e mondial. Je suis plus exposé, je reçois plus de sollicitations sur les tournois. En revanche, j’ai l’impression d’avoir gagné le respect du monde du tennis. J’avais reçu un message de Rafael Nadal sur mon portable. Pour moi qui n’ai pas gagné de grands tournois, ce n’est pas rien. Mais mon quotidien est le même, je n’ais pas signé des gros contrats grâce à ce match.

Sauf avec Durex (une publicité pour les préservatifs mettant en scène le match des deux joueurs a été diffusée à la télé)
On n’était pas au courant! Ni lui, ni moi! C’est entre les mains de nos avocats. Ça nous a fait rigoler, mais bon, on a utilisé notre image sans nous prévenir.
 
Repartir sur des tournois Challengers après ce match n’a pas dû être simple…
Oui, faut être honnête. J’ai eu beaucoup de mal. Un contrecoup émotionnel et physique. Je me suis blessé trois semaines après. J’ai ressenti un petit blues. Quand je me retrouvais sur les tournois, ça manquait de saveur. Il y a eu un moment difficile. Puis je me suis remis dedans. Je suis reparti et j’ai eu la chance de gagner un tournoi
 
Vu l’accumulation des blessures pour la Coupe Davis (Tsonga, Benneteau, Mathieu), Mahut en double, c’est une folie ou pas?
J’ai moins de 5% de chance d’être dans l’équipe. Mais si le capitaine a besoin de moi, même pour être partenaire d'entraînement, je serai là. C’est un rêve, mais il y a beaucoup de joueurs devant moi. Au rythme où vont les blessures, je vais finir par être pas loin. Mon, rôle c’est de me tenir prêt.