Les fins de mois difficiles des escrimeurs français

ESCRIME Entre RSA et recherche d'emploi, les escrimeurs ne préparent pas les championnats du monde de Paris dans les meilleures conditions...

Alexandre Pedro

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La Française Maureen Nisima, le 1er octobre 2007 à Saint-Pétersbourg.
La Française Maureen Nisima, le 1er octobre 2007 à Saint-Pétersbourg. — M.Marmur /AFP

Principal pourvoyeur d’or olympique du sport français depuis 1896, l’escrime ne roule pas sur le même métal au quotidien. Quand ils comparent leur sort à celui de leurs  rivaux hongrois, russes et surtout italiens, les fines lames françaises ont le masque. Entre fatalisme et ironie, l’épéiste Gauthier Grumier résume l’état d’esprit de ses petits camarades à l’approche des championnats du monde organisés à Paris à partir du 6 novembre.  «En Italie quand tu ramènes une médaille tu as droit à une poignée de main et un chèque. En France, on a une poignée de main… et une tape derrière la nuque.»

Les honneurs c’est bien pour l’ego, beaucoup moins pour le compte en banque. Si l’escrime arrive à nourrir son champion ou sa championne, mieux vaut ne pas être trop porté sur le luxe et la dépense. «Dans les sports olympiques, tu commences à vivre correctement quand tu fais des médailles individuelles dans les grands championnats. Et en vivre, c’est maximum entre 2.000 et 3.000 euros par mois si on bénéficie d’un contrat d’insertion professionnelle», révèle Nicole Lopez, vice champion olympique au sabre en 2008.

«Prête à travailler en fast-food»

Mais tout le monde n’a pas cette chance. Sans l’appui d’une entreprise ou d’une administration (comme le ministère de la Défense ou la Police), il faut alors cumuler les subventions et compter sur l’aide de papa et maman pour payer le loyer. C’est le cas de Solenne Mary. A 29 ans, la sabreuse (médaillée de bronze des championnats d’Europe en 2009) connaît trop bien le sens du mot précarité. «Actuellement, je suis au RSA alors que j’ai un BAC +5 en biologie. C’est compliqué de concilier la préparation des mondiaux et ma recherche d’emploi. Je n’ai pas de revenus fixes, mes parents sont obligés de m’aider financièrement. A 29 ans, j’aspire à autre chose».

La Strasbourgeoise n’est pas la seule à galérer. D’autres en équipe de France ont préparé leurs championnats du monde entre deux rendez-vous au Pole Emploi.  «Aujourd’hui, je serais presque prête à travailler en fast-food»,  lance avec un brin de provocation Maureen Nissima. Malgré ses sept médailles en grands championnats, l’épéiste désespère de trouver un poste d’agent d’escale commerciale dans une agence de voyage. Dépitée, Solenne Mary parle même de ranger son sabre au grenier si sa situation ne s’améliore pas: «Je ne me vois pas partir sur une qualification olympique sachant que je ne sais comment boucler mes fins de mois.» Il va peut-être falloir plus que des poignées de main pour permettre à l’escrime française de continuer à ferrailler avec les meilleurs.