Nicolas Lopez l'escrimeur qui porte l'arme à gauche

ESCRIME Le vice champion olympique de sabre est une personnalité...

Alexandre Pedro

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L'escrimeur,Nicolas Lopez le 13 octobre 2010 à Paris.
L'escrimeur,Nicolas Lopez le 13 octobre 2010 à Paris. — A.Gelebart / 20minutes

Nicolas Lopez donne rendez-vous dans un bar de la très branchée rue Jean-Pierre Timbaud dans le 11e arrondissement. C’est dans ce quartier de Paris réputé pour sa proportion d’artiste au mètre carré que notre sabreur prépare les championnats du monde organisés quelques kilomètres plus loin au Grand Palais.

«On ne me reconnaît presque jamais dans la rue»

Après des années d’internat à l’Insep, le Tarbais réside désormais du côté de Belleville. Un changement de cadre de vie qu’il a gagné à la pointe de l’épée ou plutôt du sabre avec son titre de vice champion olympique en 2008 (et l'or par équipe). «L’escrime n’est pas un sport professionnel. Grâce à ma médaille à Pékin, j’ai pu signer un contrat avec le ministère de la Défense. Du coup j’ai un salaire qui me permet de m’entraîner et de pouvoir sortir de l’internat de l’Insep, d’avoir un appart et une vie un peu plus normale.»

Nicolas Lopez n’a rien contre l’anonymat. Bien au contraire. «On ne me reconnaît presque jamais dans la rue, observe-t-il presque avec soulagement. D’ailleurs, j’aime bien qu’on ne me résume pas à ma carrière de sportif. Je ne suis pas un phénomène de foire, je ne suis pas Elephant Man.» Pas étonnant alors qu’il ait refusé de montrer sa tête dans le petit écran après ses deux médailles. «Je ne suis pas allé chez Cauet. Je n’avais pas envie de faire le pantin et de lui servir son audience.»

Après Pékin, le sabreur a quand même eu droit à quelques coupures de presse et gagne l’image d’un escrimeur qui porte l’arme à gauche politiquement. «De gauche, je ne sais pas, reprend-t-il sans démentir. J’ai juste donné mes deux livres de chevets à savoir Dieu et l’Etat de Bakounine et Eloge de la Paresse de Paul Lafargue.»

«Je ne suis pas le seul sportif à lire»

Titulaire d’un BEP en électrotechnique, Nicolas Lopez ne se voit pas une exception, mais juste comme un homme de 29 ans qui s’intéresse au monde qui l’entoure. «Je ne suis pas le seul sportif à lire et à réfléchir. On a une image du sportif qui joue à la console, passe son temps à rigoler. C’est assez réducteur. Par confort, certains peuvent rester en dehors de la société.»

Mais Nicolas Lopez le sait, le haut niveau exige aussi une sacrée dose d’égoïsme avant une grande échéance, surtout quand il s’agit d’un championnat du monde à Paris. «Il faut créer sa petite bulle et ne penser qu’à soi à un moment donné, admet l’actuel numéro un français du sabre. Même la copine passe à l’as à ce moment là.» Mais même avant de croiser les plus fines lames du circuit (samedi prochain), le Français a prévu de glisser un livre dans son sac de sport. «Je vais relire 1984 d’Orwell. Un copain m’a dit en le relisant que c’était vraiment le monde dans lequel on vit actuellement.» Big Brother is watching him.