Franck Cammas devra mater son géant vert

VOILE Le skipper aixois prend le départ de la Route du Rhum, dimanche. Un défi physique...

Matthieu Goar
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Franck Cammas après avoir battu le trophée Jules Verne à Brest, le 21 mars 2010. 
Franck Cammas après avoir battu le trophée Jules Verne à Brest, le 21 mars 2010.  — SIPA

 Quelques pas sur le trampoline et Franck Cammas déboule dans le cockpit. Déjà en ciré et un poil contrarié. Le moteur du bateau a des ratés depuis la veille et le skipper de Groupama 3 n’a pas le temps d’attendre. Cette semaine de fin août, il n’a pu caler que trois jours d’entraînement en vue de la Route du Rhum. Ensuite, il s’envole pour Kiel participer à une compétition sur le circuit des Extreme 40. La routine pour un homme à la tête d’une écurie de 4 bateaux. «C’est sûr, j’aurais aimé pouvoir programmer plus de jours d’entraînement…», murmure-t-il, les mains sur la barre à roue pendant que son équipage s’affaire. «Lever le pied, je ne sais de toute façon même pas si ce mot fait partie de son vocabulaire», glisse Sam Thomas, responsable des matériaux composites au sein du team.

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Moteur lancé, Groupama 3 sort enfin du bassin de course de Lorient pour quelques heures en mer au large de l’île de Groix. Une équipière s’active dans le mât, trois hommes traînent les voiles d’avant, essoufflés. Au départ de la Route du Rhum, dimanche, Cammas sera seul. Archétype du skipper moderne, mi-marin, mi-chef d’entreprise, l’Aixois s’attaque à un défi à l’ancienne: traverser l’Atlantique sur un bateau hors norme, comme l’ont fait avant lui Michel Malinovsky, le perdant magnifique de la première édition en 1978, ou plus tragiquement Loïc Caradec, disparu en 1986. Groupama 3, d’habitude mené par 11 hommes, fait 31,5 m de long. Il sera trop grand pour rentrer dans le port de Saint-Malo ce week-end. «Dans certaines conditions, j’espère aller aussi vite qu’en équipage. Parfois, ça sera chaud aussi», glisse le patron pour l’heure pas vraiment heureux de son virement, la manœuvre la plus simple qui lui prend cinq grosses minutes et beaucoup plus de sueur.

Un défi à l’ancienne

Pour arriver avant ses 8 adversaires de sa classe Ultime en Guadeloupe, Franck Cammas devra donc d’abord mater son monstre qu’il a adapté à l’exercice du solitaire. Mât raboté, intérieur vidé et… vélo arrimé. La bicyclette sans roue permet au skipper de se servir de ses jambes pour relayer ses bras lors de manœuvres trop longues. «Ce n’est pas comme monter une cote parce qu’il faut pédaler vite tout le temps», détaille le marin, grand amateur de footing et d’alpinisme à terre. «Dans cette classe où les bateaux seront différents, son défi à lui sera avant tout physique», explique l’un de ses concurrents Yann Guichard. Une dépense d’énergie parfois grisante.

Au nord de l’île de Groix, Cammas, revient vers Lorient au portant, vent dans le dos. Groupama 3 allonge la foulée. A 31 nœuds, le trimaran laisse sur place les vedettes à moteur et l’on s’accroche à la casquette qui abrite l’entrée du bateau. Les yeux plissés face au vent, comme en voiture. Le désormais ancien jeune prodige (38 ans) est réputé pour tirer sur ses bateaux. En 2002, il avait chaviré dès la première nuit; en 2006, plus prudent, il avait terminé 5e. «Vu ce qu’il nous demande, je préfère qu’il prenne des risques pendant la course», conclut un équipier, toujours un bloc-notes à la main pour se rappeler les détails à revoir quand le pointilleux patron sera loin de sa base.