Philippe Diallo: «Gommer les clichés entre professionnels et amateurs»

INTERVIEW Le directeur général du syndicat des clubs pro (UCPF), rapporteur d'un des ateliers des états généraux, vendredi, croit en l'utilité de ce rassemblement...

Propos recueillis par Romain Scotto

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Les joueurs de l'équipe de France, lors de la grève de l'entraînement à Knysna, le 20 juin 2010.
Les joueurs de l'équipe de France, lors de la grève de l'entraînement à Knysna, le 20 juin 2010. — REUTERS

En tant que directeur général du syndicat des clubs professionnels, Philippe Diallo enfilera une casquette officielle, lors des états généraux du football, jeudi et vendredi à l’Insep. Nommé rapporteur de l’atelier sur la «compétitivité, le financement et la solidarité» du foot français, il attend beaucoup de cette réunion, lancée au lendemain du fiasco des Bleus en Afrique du sud…
 
Qu’attendez-vous réellement de ces états généraux du football?
Ils permettent déjà un échange, assez peu fréquent, entre les représentants du football amateur et professionnel. Ne serait-ce que pour ça, c’est positif et constructif. Cela va gommer beaucoup de clichés. L’un des premiers enseignements des travaux préparatoires, c’est la confirmation de l’unité du football français. Malgré ce que l’on peut croire, les points de vue sont proches.

A quels clichés faites-vous allusion?
On croit que le football professionnel veut se séparer du football amateur. Qu’il ne voudrait pas le financer. Finalement quand on se parle, on partage un constat commun sur la situation et on envisage des réformes communes. L’objet de ces états généraux, c’est d’ouvrir un débat sur l’avenir du foot français.

En deux jours, l’objectif de rénovation des structures du foot français paraît quand même utopique…
Pour les observateurs extérieurs, on a l’impression que ça ne dure que deux jours. Mais depuis l’élimination de l’équipe de France à la Coupe du monde, il y a une amorce de réflexion. Et de solutions. Le travail a commencé le 23 juillet au conseil fédéral lorsque nous avons trouvé une plateforme commune pour maintenir l’unité du football français. Depuis, il y a eu quatre séances de travail. Les états généraux ne seront pas un aboutissement de la réflexion. Ce sont surtout un lieu de débat où des préconisations seront faites, et seront mises en place après.

Comment comprendre le lien entre la grève de Knysna et la «compétitivité» des clubs professionnels, dont vous êtes le représentant?
Knysna, c’est une tache sur le football français dans son ensemble. L’affaire du bus a terni l’image de la France, auprès de nos licenciés, nos supporters et les partenaires des clubs qui peuvent s’interroger sur les valeurs véhiculées par ce sport. Il faut offrir une autre image du football français et on ne peut pas faire l’économie d’une réflexion et d’une rénovation des structures du football. Il y a la nécessité d’une modernisation qui aurait eu lieu sans Knyna de toute façon. Ce qui s’est passé a juste accéléré le processus.

Cela signifie «professionnaliser» la fédération…
Je sais que ce mot-là a des interprétations ambiguës. Professionnaliser, cela signifie que des gens de compétence, d’expérience, puissent s’investir à la fédération pour qu’elle mène à bien ses missions. Je ne dis pas que ce sont forcément des gens du monde pro. Il y a des gens de grande valeur dans le monde amateur qui pourraient être investis de missions à l’avenir.
 
Si des représentants du monde pro avaient été à Knysna, les choses se seraient-elles passées autrement?
On a senti que le président de la fédération de l’époque (Jean-Pierre Escalettes) était esseulé face à des joueurs qui ont perdu le sens des réalités. L’encadrement des joueurs de très haut niveau méritent d’être plus fourni, avec des gens qui ont l’expérience du management. On aurait pu éviter ce dérapage. Ce qui se passe depuis va dans le bon sens. On a un sélectionneur ancien champion du monde, qui a des compétences, de l’expérience, du charisme. Entouré de gens identiques. Il faut aussi qu’il y ait un responsable élu au-dessus de Laurent Blanc, à qui le sélectionneur rendra des comptes.