Dopage: Tout comprendre sur l'affaire Bousquet

NATATION Le nageur français purge actuellement une suspension de deux mois pour un contrôle positif à un stimulant...

Romain Scotto
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Le nageur français Frédérick Bousquet, lors de l'Open de Paris, le 19 juin 2009.
Le nageur français Frédérick Bousquet, lors de l'Open de Paris, le 19 juin 2009. — C.Platiau/REUTERS

Il pensait purger sa peine en toute discrétion, chez lui à Auburn (Etats-Unis), avant que L'Equipe ne dévoile l'information. Contrôlé positif à l'heptaminol le 13 juin, avant le meeting de Canet-en-Roussillon, le sprinteur français purge depuis un mois la suspension de deux mois que lui a infligé l'organe disciplinaire de la Fédération française de natation. Un contrôle positif qui suscite quelques interrogations.

Qu'est ce que l'heptaminol?

«C'est un produit à classer dans la catégorie du dopage à l'ancienne», selon le professeur Audran, spécialiste du dopage sanguin. Officiellement, l'heptaminol est interdit par l'AMA pour ses vertus stimulantes. «Il a un effet tonique sur la paroi veineuse. C'est un médicament qui contracte les veines et sert dans le traitement des hémorroïdes. Après, on ne repousse pas les effets de la fatigue avec ce produit, qui n'a pas non plus d'effets euphorisants», explique Audran. Avant Bousquet, plusieurs cyclistes, dont le Belge Nico Mattan ou le Français Tristan Valentin, avaient été contrôlés positifs au même produit.

Comment Bousquet se défend-il?

Le nageur marseillais assume totalement ce qu'il appelle une «négligence». Souffrant d'une pathologie dont il ne révèle pas la nature, le compagnon de Laure Manaudou se soignerait depuis huit ans avec un produit autorisé. La veille de son contrôle positif, il aurait subi «une crise violente», comme il l'explique à L'Equipe, et se serait rendu en urgence dans une pharmacie qu'il connaît bien. «Ils m'ont donné ce produit que l'on peut se procurer sans ordonnance, sans prendre garde aux risques que je courais.» A la suite de son contrôle, Bousquet n'a pas demandé une contre-expertise et s'est plié à la sanction. Tout en espérant que l'affaire ne s'ébruite pas...

Pourquoi une suspension de deux mois?

Après l'annonce du contrôle positif, diligenté par l'Agence française de lutte contre le dopage (AFLD), l'organe disciplinaire de la fédération a été saisi. Bousquet a alors présenté un dossier médical pour le traitement de sa pathologie et joué la carte de la naïveté. Selon Christian Donzé, le DTN, cet écart ne s'inscrit pas du tout dans le cadre d'une pratique dopante. «Juste une erreur qu'il paie cher.» En l'occurrence par deux mois de suspension et un coup de massue sur le bilan clinquant de la natation française après les championnats d'Europe de Budapest. A la fédération, Louis Frédéric Doyez, le directeur général, évoque «la sanction la dure possible», compte tenu de la jurisprudence d'une marathonienne, «positive au même produit il y a quelques années et sanctionnée d'un mois par sa fédération», avant une extension de l'AFLD à deux mois.

Peut-il perdre ses médailles européennes?

Du côté de la fédération, la réponse est claire. Bousquet ne perdra pas les deux titres européens (50m et 4X100 quatre nages) remportés cet été dans le bassin de Budapest. Selon Doyez, le timing de la procédure a été respecté et les sanctions ne sont pas rétroactives. «On a reçu les résultats du labo le 16 juillet, donc même si on avait convoqué immédiatement une procédure, il y a un délai de 15 jours à observer pour respecter les droits de la défense, ça nous repousse au 1er août. Et là, la compétition était déjà engagée.» La fédération internationale et l'AFLD ont jusqu'au 20 novembre pour revenir sur la sanction infligée par l'organe disciplinaire de la fédération et éventuellement l'alourdir. «Mais en aucun cas il n'est possible de lui retirer les médailles, puisque la notification du contrôle date de septembre et qu'il n'y a pas de rétroactivité», tranche Donzé.