Jean-Marcel Ferret: «Je connais bien les joueurs, il n'y a pas de souci»

INTERVIEW Le médecin des Bleus champions du monde en 1998 réfute les allégations de son successeur...

Propos recueillis par Romain Scotto
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L'ex-médecin de l'équipe de France, Jean-Marcel Ferret, le 27 juin 2003 à Clairefontaine.
L'ex-médecin de l'équipe de France, Jean-Marcel Ferret, le 27 juin 2003 à Clairefontaine. — P.Andrieu/AFP

Dans un livre à paraître jeudi, Jean-Pierre Paclet,  l’ex-médecin des Bleus entre (2004 et 2008) évoque les «analyses de sang  suspectes» de certains champions du monde 1998 évoluant à l’époque en Italie  (Didier Deschamps, Zinedine Zidane, Marcel Desailly, Vincent Candela, Lilian  Thuram, Alain Boghossian, Youri Djorkaeff). Des allégations qui étonnent  Jean-Marcel Ferret, le médecin des Bleus sous l’ère Jacquet. Aujourd’hui «retiré  des affaires» à Lyon, où il consulte encore quelques joueurs de l’Inter Milan ou  de la Juventus, il réagit à ces propos pour  20minutes.fr…

Comment accueillez-vous les déclarations du Docteur  Paclet? Etes-vous surpris?

Totalement surpris, oui. J’ai appris cela hier matin  (mardi).

En tant que médecin, votre travail a-t-il été sali par  ses propos?

Pas du tout, alors là pas du tout, parce que je trouve  ça totalement ubuesque. C’est totalement farfelu. Ça ne repose sur rien du tout.  J’ai tous les éléments biologiques dans les dossiers. Les prises de sangs, etc. Qu’une ou deux soit  anormale, je veux bien, mais après on avait fait tous les bilans complémentaires  qu’il fallait pour montrer que c’était rentré dans la norme et qu’il n’y avait  aucun souci.

Qu’entendez-vous par «une ou deux prise de sang  anormales»?

Vous savez, en fin de saison, quand vous faites des  bilans biologiques à un certain nombre d’athlètes de haut niveau, il y a  forcément un certain nombre de variables qui ne sont pas dans la norme. En  sport, c’est bien connu, certaines variables ne sont pas celles de Monsieur tout  le monde. Ce qui compte, ce n’est pas de faire une photographie à un moment  donné, ce qui est le cas d’une prise de sang. Mais de faire plusieurs prises de  sang. Nous, on a fait un suivi qui a commencé en avril 1997. Je connaissais bien  les joueurs, de ce côté-là, pour moi, il y a aucun souci.

Sur quoi se base le docteur Paclet pour parler  d’anomalies alors?

Il a dû tomber sur une prise de sang dans les dossiers  et il n’a pas vu les autres. On a eu des joueurs en commun, donc il a eu accès à  certains dossiers sans problème. Mais moi je n’ai rien à cacher, il n’y a aucun  souci.

Il évoque aussi «une raison d’Etat» qui aurait fait  pression sur vous…

C’est complètement aberrant. Moi j’étais le seul maître  à bord au niveau médical, je n’ai jamais reçu aucune pression venant de qui que ce soit,  du staff technique. On est très sereins là-dessus. La raison d’Etat m’aurait dit  de ne pas pousser les analyses? Absolument pas. Le ministère de la jeunesse et  des sports ne nous a pas fait de cadeaux puisqu’on a été contrôlés un certain  nombre de fois. En tout on a eu plus de 60 joueurs  contrôlés.

Avez-vous fermé les yeux sur certaines  choses?

Ah non, non, ce n’est pas le genre de la maison. On fait  des analyses comme ils n’en n’ont jamais fait après. Aussi sophistiquées…  d’ailleurs ça avait posé problème au Conseil fédéral et à la commission médicale.  Les gens trouvaient qu’on en faisait trop. On a fait des bilans extrêmement  complémentaires.

De quel type?

Sur le plan alimentaire, on est allés voir les acides  gras, les oméga-3, les oméga-6, ce que mangeaient les gars. On a fait des bilans  complets sur l’oxydation cellulaire aussi. C’est un des premiers facteurs de  surmenage. On a examiné les bilans stéroïdiens, hormonaux. On a dosé l’EPO, j’ai  travaillé avec des docteurs en biologie, il n’y a aucun souci de ce  côté-là.

Certains Bleus évoluant en Italie fréquentaient quand  même des médecins qui ont été par la suite inquiétés dans des affaires de  dopage…

Ça a beaucoup été exagéré tout ça. Je crois que dans  l’histoire de la Juve, ils n’ont jamais trouvé des produits dopants mais des  produits qui ont été  détournés de leur usage  habituel. En aucun cas on a trouvé de l’EPO. Qu’il y ait eu une pharmacopée  importante à la Juve, c’est sûr. Qu’il y ait une médicalisation du football  italien, c’est sûr. Mais avec des produits non prohibés, à l’époque. Les  Italiens n’ont pas la même culture médicale, c’était une autre  approche.

A l’époque, Aimé Jacquet dénonçait quand même l’excès de  zèle des contrôleurs, notamment lors du contrôle inopiné à Tignes en décembre  1997…

Il y a eu un problème à Tignes. C’était un contrôle  inopiné le lendemain de Noël alors qu’on n’était pas en stage, mais en vacances.  Mais pour bien faire, on nous a contrôlés à Tignes. Ça nous a un peu agacés.  Mais sinon, on a toujours accepté les contrôles sans problème. Les dossiers ont  toujours été ouverts.

Vous envisagez de porter plainte pour  diffamation?

Pour le moment je n’en sais pas assez. J’attends la  réaction du staff de France 1998. On ne s’est pas encore concerté, ni rien. Je  n’ai pas exactement la teneur des propos. Mais si ça allait trop loin, ce n’est  pas impossible.

Quel intérêt a-t-il à mouiller les Bleus de  98?

Je ne sais pas. Je croyais bien connaître Jean-Pierre  Paclet, mais là je suis surpris. Est-ce qu’il veut attaquer tout le monde à la  suite de sa désillusion? Je ne sais pas.

Vous mettez en cause son travail, notamment au sujet du  cas Vieira…

Il avait qu’à l’ouvrir à ce moment-là. Quand on a des  comptes à régler, on le fait tout de suite, on n’attend pas quelques années pour  tout ressortir. Il a été attaqué et traîné dans la boue. Qu’il l’ait très mal vécu je  veux bien mais alors il fallait se défendre. Je n’ai rien vu, rien lu. C’est son  problème. Avec moi, ça ne se serait pas passé comme ça. Je l’aurais  ouverte.