Ghani Yalouz: la méthode gagnante

ATHLÉTISME e DTN français a transformé les athlètes français...

Matthieu Payen

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Ghani Yalouz, directeur technique national de la Fédération française d'athlétisme, le 23 juillet 2009
Ghani Yalouz, directeur technique national de la Fédération française d'athlétisme, le 23 juillet 2009 — AFP PHOTO/FRANK PERRY

Dix-huit médailles aux championnats d’Europe. La moisson française à Barcelone est historique. Eclosion de nouveaux cadors, arrivée à maturité pour d’autres, esprit d’équipe, fraîcheur… Les explications ne manquent pas et toutes ont une source: Ghani Yalouz. 20minutes.fr détaille ce qu’à apporté le Directeur technique national qui a su remettre en piste l’athlétisme français.



Un meneur d’hommes



Ghani Yalouz, il n’était pas lutteur avant? Et si, médaillé d’argent aux JO d’Atlanta en 1996, Yalouz est ensuite devenu DTN dans sa discipline de prédilection. D’ailleurs, c’est en lutte qu’il a pu éprouver sa méthode avec les succès des frères Guénot aux JO de Pékin. En débarquant à la tête de l’équipe de France d’athlétisme, Yalouz n’a pas fait l’unanimité. «Tout le monde était dubitatif», admet pudiquement le président de la Fédération Bernard Amsalem. Autant dire que du côté des entraîneurs en place depuis longtemps, ça a grincé.


«Mais la greffe a pris, poursuit Bernard Amsalem. Il a définitivement prouvé que le DTN ne doit pas forcément être un technicien. Il doit surtout être un manageur avec le sens de l'autorité et un meneur d'hommes humain.» Laissant à son adjoint André Gimenez les tâches techniques, Yalouz s’est concentré sur le dialogue avec les athlètes, multipliant les voyages pour aller à la rencontre des athlètes s’entraînant aux quatre coins du monde. «C'est un DTN joueur, plus sportif qu'administratif. Il nous fait confiance. Il laisse les athlètes s'exprimer. Cet hiver, on s'est engueulé lors de la sélection pour les Mondiaux en salle, mais l'explication était saine», témoigne Yoann Kowal, spécialiste du 1500m.



Le goût de la gagne



Lorsqu’il arrive en poste en mars 2009, Ghani Yalouz entre dans une maison en ruine. Les succès des championnats du monde de Saint-Denis de 2003 [huit médailles, dont trois en or] sont loin. Les JO de Pékin sont passés par là. Une seule médaille glanée par Mahiédine Mekhissi dans le Nid d’oiseau, le résultat est catastrophique. Et il se confirme en 2009 avec trois breloques ramenées de Berlin.


Yalouz est embauché comme DTN dans l’optique d’éviter la catastrophe lors des JO de Londres en 2012. Sa stratégie est simple: «Il faut que les athlètes réapprennent à gagner». Pour lui, le podium n’est pas un objectif valable car trop sujet aux aléas du sport. Il faut viser l’or et rien d’autre. «Quand le DTN nous dit de faire telle ou telle compétition, on le fait, même si ce n’est pas notre tasse de thé», confie le sauteur en hauteur Mickael Hanany. Et c’est ainsi que tous les athlètes se sont retrouvés aux derniers championnats de France. De même, les championnats d’Europe, terrain plus propice pour dominer sa discipline, ont été cochés depuis longtemps pour glaner des titres. Mission réussie avec huit titres ramenés par les Français.

L’humilité



Il ne faut pas confondre ambition et manque de modestie. Et Ghani Yalouz le sait bien: «Rien n’est acquis, il faut travailler pour en arriver là, rappelle le DTN. Il faut garder la tête froide car une petite blessure et c’est toutes les performances d’un athlète qui sont compromises.» Yalouz reste lucide aussi sur les contreperformances françaises: «Le niveau européen est très relevé sur les lancers. Ca n'a pas trop bien marché. On va se pencher là-dessus.»


Avec cette humilité en bandoulière, le chef de troupe va s’atteler à la deuxième marche de son plan pour 2012: les championnats du monde 2011 en Corée du Sud. Là, les Usain Bolt, Kerron Stewart et Ezekiel Kemboi ne faciliteront pas la tâche des Français.