Tadé, de l'imposture à la gloire

David Phelippeau

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« Ça serait un bonheur et un privilège de jouer à la Beaujoire, estime Tadé. Je me défoncerais. Ça serait le sommet pour moi !  »
« Ça serait un bonheur et un privilège de jouer à la Beaujoire, estime Tadé. Je me défoncerais. Ça serait le sommet pour moi ! » — J.-S. Evrard / 20minutes

Avec son corps bodybuildé et sa touche « fashion victim », il aimante le regard des badauds nantais. « Pourtant, ici, personne ne me connaît. A Kirkcaldy, c'est autre chose ! Je signe même des autographes dans la rue... » Grégory Tadé est devenu la nouvelle star de cette ville écossaise de 50 000 habitants.
Il est celui qui a marqué il y a quelques semaines le but de Raith Rovers (D1, soit L2 en France) qualificatif pour les quarts de finale de la Coupe d'Ecosse. « Grégory Tadé ? Ah, le mec qui a marqué contre Aberdeen ! » Le natif du Sillon de Bretagne aurait presque une nouvelle mention sur sa carte d'identité. « Quand j'ai marqué, je n'en croyais pas mes yeux. J'ai couru sans m'arrêter. C'était comme dans un rêve... »
Désormais, la réalité est que sa photo trône dans les allées du club. « C'est presque comme si j'avais un statut de légende », exagère-t-il. Les radios, les télés et la presse s'emparent alors de l'histoire de ce petit Frenchie de 24 ans. Et son parcours ne manque pas de sel. Après avoir écumé les stades de la région nantaise pendant sa jeunesse – Orvault, Mellinet, Saint-Herblain puis retour à Orvault –, Tadé s'est forgé un but : vivre de sa passion, le football. Le terreau familial y est propice. Son frère aîné, Sylvanus, enchante la Jonelière alors qu'Emerse Fae, un cousin, se révèle au plus haut niveau avec le FC Nantes.
A tel point qu'à 17 ans, Grégory n'envisage sa vie qu' à travers le ballon rond. Mais il évolue alors à Orvault, en Division supérieure Régionale. « Sylvanus, mon frère, m'a dit : ‘‘C'est maintenant ou jamais. Tu veux devenir professionnel ou rester avec les amateurs ?'' S'ensuit une litanie d'essais dans des clubs français : Sedan, Nantes, La Roche-sur-Yon, Le Mans... Tous infructueux. Puis, se profilent trois jours à Guingamp.
« Mon frère m'avait dit que c'était ma dernière cartouche. J'étais en dernière année de moins de 18 ans. Et là, j'ai pris une grosse claque... Il ne restait plus que trois joueurs et ils en prenaient deux... » L'issue est terrible pour Grégory. « Je me suis dit que jamais je n'y arriverai », confie-t-il. Eté 2006, sa vie va basculer. Alors qu'il est en vacances en Ecosse, il s'entiche d'une jeune femme. Cette dernière lui fait rencontrer un agent écossais : Scott Hume. « Celui sans qui ma carrière n'aurait jamais avancé », reconnaît Grégory. Les expériences en Ecosse se multiplient, avec leur lot d'échecs, de réussites et de péripéties. A Stranraer (D2), le milieu offensif concilie ainsi le foot et un travail de standardiste chez IBM.
Culotté et perspicace, Grégory ne ménage pas sa peine partout où il passe. Ce qui lui vaut une réflexion bien à lui sur le FCN. « Ce que font les Canaris en ce moment, moi, je le fais pour deux fois moins ! Ce sont vraiment des bras cassés, des zéros ! »
Un jour, sa copine l'exhorte à mieux se vendre. La ligne mensongère « formation au FC Nantes » est ajoutée à son CV. « Mon frère m'a toujours dit : ‘‘Le plus dur, c'est de rentrer, ensuite, ils verront ton potentiel !'', en rigole Grégory. Raith Rovers est tombé dans le panneau. Pas sûr que les Ecossais reprochent désormais cette feinte au Frenchie.