Coupe du monde: Pourquoi les Uruguayens reviennent en force

FOOT Équipe surprise de la compétition, la Céleste affrontera mardi les Pays-Bas en demi-finale. Tentative d'explication...

Romain Scotto, au Cap

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Le joueur uruguayen Nicolas Lodeiro, lors de la qualification de son pays en demi-finale de la Coupe du monde, au tirs aux buts face au Ghana, le 2 juillet 2010 à Johannesbourg.
Le joueur uruguayen Nicolas Lodeiro, lors de la qualification de son pays en demi-finale de la Coupe du monde, au tirs aux buts face au Ghana, le 2 juillet 2010 à Johannesbourg. — Y.Chiba/AFP

De notre envoyé spécial au Cap (Afrique du sud),

Il faut être de mauvaise foi pour affirmer que l’équipe de France avait la voie libre pour se retrouver en demi-finale. Qu’à la place de l’Uruguay, les Bleus auraient très bien pu jouer mardi soir pour une place en finale face aux Pays-Bas. Quarante ans après, les joueurs de la Céleste méritent pourtant leur place parmi les quatre meilleures équipes du Mondial. Voilà pourquoi...

Parce qu’ils ont la hargne
Maximiliano Pereira l’affirme avec fierté: les Uruguayens gagnent les matchs à la «gresca». Comprenez, à la bagarre, en donnant «tout ce qu’il y a dans nos corps», décrit Diego Perez, qui a donc un côté poète. Cette équipe sait se transcender sur un terrain et n’a pas la prétention de proposer le plus beau jeu de la compétition. Loin de là. Ballon au pied, les Uruguayens sont même limités collectivement. «Notre équipe manque de volume de jeu», concède Perez. Alors elle se bat, subit souvent les attaques de l'adversaire, et lance quelques contre en s’en remettant au talent individuel de Forlan et Suarez pour gagner ses matchs. Depuis le début de la compétition, un seul Uruguayen (Alvaro Pereira) est parvenu à marquer en dehors du duo d’attaque. Il est aussi difficile de mettre en avant les qualités techniques d’un autre joueur. Si cette équipe est aujourd’hui en demi-finale, elle le doit à l’engagement de ses récupérateurs, à la solidarité de la charnière centrale et la hargne des latéraux, Fucile et Maxi Pereira. A chacun ses armes.

Parce qu’ils sont détendus
Avant d’être le trouble-fête (ou un prétendant?) du tournoi, la Céleste est d’abord une équipe de vestiaire. Une bande de copains qui n’a pas souvent l’occasion de se réunir, puisqu’ils n’honorent leur sélection que lorsque leurs clubs, pour la plupart européens, les libèrent. «Ils sont tout de même très proches, très unis, décrit le sélectionneur, Tabarez. C'est un fait important. On peut retirer beaucoup de choses positives d'une telle union.» Autour des jeunes, quelques grands frères, dont Sebastian Abreu, 35 ans, une idole en Uruguay, bien avant qu’il ne qualifie son pays sur une Panenka face au Ghana. L’homme aux tatouages et à la crinière de Conan est aussi le DJ de la bande. Celui qui fait résonner de la musique traditionnelle partout où le bus de l’équipe se promène. Au sein de la Céleste, on ne parle pas de clans, ni de défiance vis-à-vis de du sélectionneur. Les joueurs sont disponibles pour la presse, et semblent même disposer à faire partager certains moments qui leur appartiennent. Après la qualification pour les quarts, Forlan a fait tourner sur twitter les photos du barbecue de l’équipe. Ou comment gagner ses matchs de Coupe du monde grâce à un cocktail improbable: soleil, short et grillades.

Parce qu’ils veulent revisiter l’histoire
Plus que de football, les joueurs uruguayens adorent parler de leur terre natale. «On est fiers, parce qu’on vient d’un petit pays qui ne compte que 3,5 millions d’habitants», répètent Abreu et Perez, comme si la planète les découvrait aujourd’hui. Au pays, la performance des «Charrua» a réveillé un sentiment collectif mis en sommeil depuis quarante ans, date de la dernière demi-finale en Coupe du monde de l’équipe nationale. Le passé leste aussi cette équipe des deux victoires de 1930 et 1950. Voilà pourquoi il n’est pas toujours facile d’enfiler le maillot bleu. «Les gens au pays ont des rêves. Et nous devons faire en sorte qu’ils se réalisent, explique Tabarez. C'est même une obligation professionnelle.» Le football a pris une telle importance en Uruguay que les matchs sont télévisés en direct dans les écoles. Avant et après chaque rencontre, Diego Lugano, le capitaine, discute avec le Président, José Mujica en personne. «On sait que l'attente est grande et que les gens sont heureux, confiait récemment Diego Perez. Ils sont tous dans les rues, parce que le football a une grande importance pour eux. Notre pays est chargé d'histoire.» A l’équipe de 2010 d’écrire la sienne.