Equipe de France: Une cohésion de façade

FOOT Le groupe soudé dont parle Patrice Evra n'est pas encore né...

Romain Scotto, à Knysna

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Les joueurs de l'équipe de France, posant pour la photo le 17 juin 2010 avant le coup d'envoi du match contre le Mexique, à Polokwane (Afrique du sud).
Les joueurs de l'équipe de France, posant pour la photo le 17 juin 2010 avant le coup d'envoi du match contre le Mexique, à Polokwane (Afrique du sud). — C.Platiau/REUTERS

De notre envoyé spécial à Knysna (Afrique du sud),

Comme une banale offre commerciale, les promesses des joueurs de l’équipe de France devraient être annotées d’un petit astérisque en bas de page: «Valables seulement en cas de bons résultats.» Car du côté des Bleus, le groupe «soudé», «uni», où «tout le monde se mélange à table», ne semble pas avoir pris forme au fil des matchs. Sur la pelouse de Polokwane, jeudi soir, il était difficile de déceler l’esquisse d’une équipe solidaire. Face à eux, les Mexicains ont trouvé onze individualités, dont on se demande si elles ont vraiment envie de jouer ensemble. Lâché par sa défense centrale, Hugo Lloris est rarement sorti de ses gonds sur un terrain comme il l’a fait hier soir. Seul dans sa cage, on l’a vu hurler vers le ciel, les mains cramponnées au bas du short.

Anelka pour sa pomme


«On n’a pas tous fait les efforts pour le collectif», regrette Jérémy Toulalan. Le milieu défensif des Bleus – sans citer le nom de Nicolas Anelka – a laissé comprendre que certains jouaient avant tout pour leur pomme, sans se battre pour leurs coéquipiers. Pour approfondir son idée, on peut même parler de comportement égoïste ou d’enfant gâté. Le Lyonnais est bien placé pour parler. Juste avant la mi-temps, c’est lui qui s’est sacrifié pour stopper une contre-attaque, après une perte de balle du buteur des Bleus. Averti, il ne disputera pas le dernier match.

Yoann Gourcuff pourrait lui aussi regarder ses copains depuis le banc, face à l’Afrique du sud. Enfin, ceux qu’il considère comme tel. Jeudi soir, le meneur de jeu bordelais a cité Govou, Lloris et Toulalan quand il a été amené à présenter son cercle d’amis au sein de l’équipe. Le milieu de terrain ne fait pas l’unanimité dans l’autre clan, celui des cadres, malgré les dénégations de plusieurs joueurs devant les médias. Mais il s'adapte. Récemment, Jérémy Toulalan reconnaissait qu’il n’était pas nécessaire «d’être les meilleurs amis du monde» pour évoluer sur un terrain. Ce n'est plus un secret chez les Bleus.

Henry et Ribéry moins impliqués

Dans cette équipe, il suffit d’assister à un échauffement pour voir que «la bande de copains» évoquée par Pat’ Evra n’est pas exactement celle que l’on croit. Le capitaine jure que «quand un gars tape le collègue et dit "allez lâche rien", ce n’est pas faux.» Qu'il s'agit de «quelque chose de vraiment naturel, dans un groupe sain.» Mais ces gestes sont rares. Et ils ne concernent pas forcément l’intégralité de la bande.

Au gré des affinités, voire des clans, s’organisent les petits exercices avant l’entraînement. D’un côté les adeptes du toro ou ateliers de jonglage collectif. Anelka, Diarra, Evra, Gignac ou Malouda s’y donnent à cœur joie. A l’écart, s’éparpille le reste de la troupe. Au-dessus de tout ça, Thierry Henry semble de plus en plus distant, tout comme Franck Ribéry, dont on attendait beaucoup plus lors des deux premiers matchs. «Quand on perd, on dit toujours qu’il n’y a pas de cohésion de groupe. Mais il y en a», soutient encore Mathieu Valbuena. Il faut peut-être avoir l’âme naïve du petit nouveau pour la voir.