Romain Mesnil: «Ma médaille ne m'a rien apporté»

INTERVIEW Un peu plus d'un an après sa course de nudiste dans Paris, le perchiste français aborde sa saison sans nouveau sponsor...

Propos recueillis par Romain Scotto

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Le perchiste français Romain Mesnil, lors des championnats du monde de Berlin, le 22 août 2009.
Le perchiste français Romain Mesnil, lors des championnats du monde de Berlin, le 22 août 2009. — F.Fife/AFP
Cette année, Romain Mesnil ne courra pas dans Paris en tenue d'Adam. «Il faut savoir se renouveller». Sa vidéo diffusée l'an dernier lui a permis de se parer de deux sponsors. Mais depuis, il n'a pas été contacté. Sa médaille d'argent gagnée aux Mondiaux de Berlin n'a rien changé.

Vous avez sauté dimanche pour la première fois à Forbach (5,35m sous la pluie). Dans quel état d’esprit abordez-vous cette saison?

Je sortais de blessure. Ça faisait vingt jours que je n’avais pas sauté. C’est une blessure qui m’a gêné pendant un mois. J’ai alterné les séances de repos et d’entraînement. A priori, c’est fini. J’étais content des sensations que j’ai eues. Je n’ai pas tant été gêné que ça. Maintenant, c’est bon, je vais pouvoir enchaîner les compétitions. Parce que c’est ça qui va être déterminant jusqu’aux championnats d’Europe (cet été à Barcelone).

Vous n’êtes pas inquiet d’entamer la saison avec une préparation perturbée?

J’essaie de positiver. L’avantage d’une blessure comme ça, c’est que je ne peux pas me caler sur les performances de la saison précédente. On est dans la nouveauté, pas dans le déjà vu. Ça permet d’être aux aguets, d’être vigilent.

L’an dernier, vous avez couru nu dans Paris pour attirer les sponsors. Où en êtes-vous de ce côté là?
Les deux sponsors que j’ai sont toujours là (OVH et Cercle 16). Ils me suivent jusqu’en 2012. En revanche, je n’en ai pas eu de nouveaux depuis. Concrètement, ma médaille d’argent (aux Mondiaux de Berlin) ne m’a rien apporté. Pas de sponsor en tout cas.

Vous voulez dire qu’un «buzz» fait toujours plus d’effet qu’une performance sportive…
Je m’attendais à être contacté par un équipementier. Et puis je n’ai rien eu. Les gens disent "non, c’est la crise". Ce n’est pas agréable à entendre, parce qu’on a l’habitude de se dire, "je suis sportif de haut niveau, j’ai un équipementier". En athlétisme, les gamins sont impressionnés par ceux qui ont un sponsor. Et mine de rien, on reste un peu comme ça. Pourquoi je suis si mal à l’aise de en pas avoir de sponsor? Parce que j’ai cette habitude là. Le fait de ne pas avoir de sponsor voudrait dire que je ne suis pas bon. Mais il faut s’en détacher, même si ce n’est pas évident.

Dans votre quête de sponsors, et de reconnaissance, vous sentez vous soutenu par d’autres athlètes?
Mais chez moi, ce n’est pas une habitude. Quand j’ai commencé la perche, on se disait: "bon, je vais me faire discret, les médias ce n’est pas mon truc." Et puis finalement, on se rend compte que parfois si on veut continuer à faire une carrière, il faut forcer les choses. Je comprends que ça puisse en agacer certains. On peut dire que c’est too much. Pour l’instant, je n’ai pas eu de retour négatif.

La Ligue a revu ses budgets à la baisse cette année. Dans quelle proportion vos salaires ont-ils diminué?
Ils sont passés de 1500 à 1200 euros. Il y a une perte là-dessus et sur les contrats d’image dans les meetings. De 20 à 50%. C’est ça ou ça s’arrête. Mais il faut que la Ligue continue. Les athlètes font des efforts, les organisateurs de meetings aussi. On traverse les turbulences de la crise. Et ce sont les petits qui ont le plus de mal. Quand on compare au foot...

En plus une année de Coupe du monde…
Oui, évidemment. L’année des Jeux, c’est plus intéressant. Ça reste de l’opportunisme. Aujourd’hui, personne ne met de l’argent sans calculer le retour sur investissement. On cherche un retour réel sur le sponsoring. Une utilisation d’image très précise. Le système du marketing sportif a changé. On met toujours beaucoup d’argent sur les très gros. On évite de prendre des risques. C’est comme ça. Finalement, c’est difficile pour les athlètes moins importants.