Equipe de France: Comment les Bleus ont-ils dragué Domenech?

FOOTBALL Avant l'annonce de la liste des 23 mondialistes, les appels du pied se sont multipliés...

Romain Scotto

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L'attaquant français du Panathinaïkos, Djibril Cissé, lors d'un match d'Europa League contre le Standard de Liège, le 11 mars 2010.
L'attaquant français du Panathinaïkos, Djibril Cissé, lors d'un match d'Europa League contre le Standard de Liège, le 11 mars 2010. — A.Messinis/AFP

Personne ne reprochera aux joueurs de faire part de leur envie de disputer le prochain Mondial. Surtout pas Raymond Domenech, particulièrement sensible à la moindre déclaration visant le maillot bleu. Depuis la fin de la campagne de qualification, le sélectionneur a observé et écouté tous ceux qu’il est susceptible d’emmener au Mondial. Mais pour le séduire, les attitudes diffèrent. Voici une classification non exhaustive des Bleus, juste avant l’annonce de la liste des 23, mardi sur le plateau de TF1. Entre flagornerie, séduction cachée et campagne de com’…

Les lèche-bottes: Comme des élèves menacés de redoublement en conseil de classe, ces joueurs là n’ont eu qu’un trimestre pour séduire. Sur le terrain comme dans les médias. Leur objectif: évoquer à longueur d’interviews leur amour du maillot et leur obsession de disputer ce Mondial. Patrick Vieira est de ceux là. Depuis son arrivée à City, l’ex-capitaine des Bleus n’a jamais cessé de flatter le sélectionneur. Un homme qui le «connaît mieux que tout le monde» et «qui sait très bien ce (qu’il) peut apporter ou non». Pour forcer un peu la décision, Vieira estimait même à «100%» ses chances de partir en Afrique du Sud, fin janvier sur le plateau de Canal+.

Dans un autre style, Djibril Cissé maîtrise lui aussi les appels du pied. Dans son plan com’, l’ancien buteur de l’OM a parfois frôlé l’excès de zèle vis-à-vis de Domenech: «Il sait que j’ai faim, que je ferai ce qu’il demandera. Si c’est pour cinq minutes, je serai à bloc pendant cinq minutes, lançait-il récemment, toujours sur Canal+. Il sait que je ne rechignerai pas à la tâche, que je ne râlerai pas.» Le coach aurait pourtant apprécié ces courbettes qu’il assimile à «de l’envie (…) Et quelque part, c’est plus important que le nombre de buts».

Heureusement, parce que sinon, Karim Benzema aurait perdu espoir. Le buteur intermittent du Real, relégué sur le banc depuis plusieurs mois, s’est raccroché aux branches lundi dernier dans L’Equipe, affirmant qu’il a maintenant «envie de tout casser et de tout faire pour l’équipe de France.» Pour quelqu’un qui, de son propre aveu, n’avait pas tout donné lors du dernier Roumanie - France, les choses auraient donc subitement changées.

Les planqués: Parfois, mieux vaut faire profil bas. Quand on craint d’être pris pour un joueur prétentieux ou qu’on est empêtré dans une affaire de mœurs, par exemple. Voilà pourquoi Sidney Govou n’évoque qu’à demi-mots son avenir en bleu ces derniers temps. Interrogé sur les éventuelles conséquences de l’affaire Zahia, le Lyonnais est resté évasif. «Je ne vois pas pourquoi, il y en aurait. S’il y en avait, je ne comprendrais pas. Mais s’il y en a, je l’accepterai.»

Franck Ribéry aussi a changé de ton depuis que l’«escort girl» de luxe a parlé. Plus question pour lui d’exiger son repositionnement à gauche, alors que Domenech a invité les joueurs à mettre de côté leurs égos. Heureusement pour lui, Ribéry appartient toujours à la caste des «indiscutables» (sportivement parlant).

Un privilège dont ne bénéficient plus forcément certains, à l’image de Lassana Diarra ou Squillaci ou Abidal, tous très discrets dans les médias. Idem pour Henry, de plus en plus contesté au Barça. Quant à Gourcuff ou Lloris, ils avaient sûrement trop à faire avec leur club pour évoquer leur avenir en sélection. Idem pour les «mal en points» de L1 (Rémy, Gignac, Sissoko, Fanni) pas bavards non plus sur le sujet.

Les effrontés: Une poignée de joueurs qui ne craint rien. Leur franc-parler pourrait les desservir. Ils s’en moquent. Jérémy Toulalan préfère ainsi crever l’abcès quand quelque chose l’agace. «C’est sûr qu’on n’est pas bons. Nous ne faisons pas rêver (…) Mais rien n’a été avec nous. Et France 98 nous fait chier», clamait-il dans les colonnes du Progrès. Ce remake du «Ta gueule l’ancien», de Willy Sagnol, ne vise pas Domenech, certes. Mais il traduit l’agacement d’un joueur au moment où le sélectionneur demande à chacun de ranger ses états d’âmes.

Florent Malouda a lui aussi tenté d’alerter l’opinion sur les dangers qui guettent les Bleus, sur Canal+. Sauf que le Guyanais, en grande forme avec Chelsea, regrette aussi «d’avoir été écarté du débat» (sur le nom du titulaire côté gauche). Enfin à deux mois du Mondial, Nicolas Anelka, ose lui remettre en cause le schéma tactique des Bleus. «Au niveau du positionnement, tactiquement, au niveau de la confiance, les mecs (les Espagnols) n’ont rien à avoir avec nous. Ils connaissent le football! Tant qu’on n’aura pas ça, il n’y aura rien du tout.» De quoi donner un peu plus de volume aux bouclettes de Domenech? Même pas. «Le message, il n'est pas mauvais, confiait le sélectionneur. Il alerte tout le monde. Qu'à un moment un joueur cadre dise "attention, il y quelque chose qui ne va pas", je dis bravo.» Même sur le plateau de TF1?