les supporters ultras réduits au silence

Matthieu payen

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Les Supras de la tribune Auteuil, à Paris, font partie des groupes visés par le décret.
Les Supras de la tribune Auteuil, à Paris, font partie des groupes visés par le décret. — S. POUZET / 20 MINUTES

Ils étaient dans le collimateur du ministère de l'Intérieur. Sept groupes de supporters ont été frappés de dissolution par décret. En cause, les violences qui se sont produites ces dernières saisons. Parmi les intéressés, on trouve des associations parisiennes (les Supras Auteuil 1991, les Authentiks et les Paris 1970, la Grinta) et lyonnaise (la Cosa Nostra de Lyon), mais aussi des « groupements de faits » à Nice (Brigade Sud) et à Paris (Commando Loubard et Milice Paris).

Ces annonces sont-elles une surprise ? Non. Fin mars, le ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux, avait déjà évoqué cette option. « On est dans la chronique d'une dissolution annoncée, clame Christophe Uldry, porte-parole des Supras. Après les événements en marge de PSG-OM, Hortefeux s'est empressé d'annoncer la dissolution, sans connaître le dossier. » Les Authentiks avancent une autre explication. « Ça fait des années que le mouvement ultra est menacé, mais maintenant que la France veut l'Euro 2016, les groupes subissent une pression énorme, analyse Hooman, leur porte-parole. En Allemagne, il s'est passé la même chose avant leur Mondial, ils ont fait le ménage. »

La dissolution est-elle la solution ? La secrétaire d'Etat aux Sports, Rama Yade, s'en est en tout cas félicitée. « Je pense qu'il est important d'agir et de frapper fort pour dire aux bandes violentes qu'il n'y aura pas d'impunité », a-t-elle commenté. Du côté des supporters, l'avis est forcément différent. « La dissolution des Boulogne Boys [en 2008] n'a entraîné aucune amélioration, peste Gilles Zamolo, chef des Brigade Sud. Lors du Congrès des associations de supporters fin janvier, il a été dit que les dissolutions privent les autorités d'interlocuteurs. »

Les groupes sont-ils assurés d'être dissous ? Non, ils ont encore quelques recours. « Nous allons déposer un référé pour suspendre la dissolution, annonce Christophe Uldry. Ensuite, il y aura un référé sur le fond devant le Conseil d'Etat pour annuler le décret. » En ce qui concerne les Brigade Sud, l'issue est encore plus simple, selon son leader : « Nous ne sommes pas une association de loi 1901, nous n'avons donc pas de recours à déposer et nous sommes indissolubles. » Pas sûr que le gouvernement l'entende de cette oreille.

Que faire en attendant ? « On continuera à aller au stade, lance Christophe Uldry. Nous irons comme annoncé au Stade de France pour la finale de Coupe de France, le 1er mai. » A cette occasion, les Supras souhaitent organiser une marche. Une marche à laquelle les Authentiks ne sont pas sûrs de participer. « Il faut faire attention. En cas de réunification, les sanctions sont lourdes, glisse Hooman. » W