Les Ultras passent leur grand oral

FOOTBALL Dernier examen avant la dissolution...

Matthieu Goar

— 

Christophe Uldry, porte-parole des Supras, groupe de supporters du PSG  de la tribune Auteuil, donne une conférence de presse, le 22 avril 2010 à  Paris.
Christophe Uldry, porte-parole des Supras, groupe de supporters du PSG de la tribune Auteuil, donne une conférence de presse, le 22 avril 2010 à Paris. — AFP Photo

Mardi, c’est le grand jour pour les associations de supporters. Mardi matin, la Commission nationale consultative de prévention lors des manifestations sportives va auditionner les trois associations de supporters d’Auteuil (Supras, Authentiks et la Grinta) qui risquent la dissolution ainsi que des membres indépendants de la tribune Boulogne (voir ci-dessous). Décryptage d’une réunion exceptionnelle.

Qu’est ce que cette commission?

Contrairement à une rumeur, la commission de prévention des violences n’a pas été créée récemment. Elle s’était déjà réunie en avril 2008 lorsque la fameuse banderole de la finale de la Coupe de la Ligue avait conduit les autorités à dissoudre les Boulogne Boys (la Faction Metz s’était, elle, auto-dissoute). Saisie à nouveau cette saison par le ministère de l’Intérieur après la mort de Yann L., tabassé à mort avant PSG-OM, elle est composée de deux représentants nommés par le Conseil d’Etat (dont le président, Pierre Bordry), deux nommés par le président de Cour de cassation et quatre membres choisis par le ministère des Sports dont deux personnages-phares du foot en France: Jean-Pierre Escalettes, président de la FFF, et Jean-Pierre Hughes, Directeur général de la LFP.

Comment vont se passer les auditions?

A la première heure, mardi, les représentants des associations vont venir s’expliquer accompagnés de leurs avocats. Sur quels faits exactement? Il y moins d’un mois, la commission leur a présenté une liste de griefs qui leur est reproché (parmi les principaux: les violences avant PSG-OM, le déplacement houleux à Marseille, des bagarres à Bordeaux, les caillassages de bus marseillais en région parisienne, etc). Des faits a priori listés par la DCRI (le nouveau nom des RG et de la DST). «Ils nous présentent des faits et nous disent : ‘Démontrez-nous que c’est faux’. Ce n’est pas toujours évident de prouver que ce n’est pas un membre de l’association qui était présent ou pas au milieu de 400 personnes», explique François Gilbert, l’avocat des Authentiks. Les associations pourront verser des pièces au dossier: les Authentiks ont ainsi prévu de présenter une attestation d’un transporteur qui témoigne du «bonheur de travailler avec eux». Après les associations, les représentants du PSG peuvent s’exprimer. «L’audition des Boulogne Boys terminée, ils n’avaient rien dit», se souvient une source proche du dossier.

Et ensuite?

Très vite, la Commission rendra un rapport au ministère de l’Intérieur qui le communiquera aux services du Premier ministre. Un avis consultatif.  Ensuite les choses pourraient aller très vite. Par décrêt de Matignon, les associations de supporters pourraient même être dissoutes dans la semaine. Seul le Conseil d'Etat pourra alors juger s'il y a eu abus de pouvoir. «S'il y a dissolution, nous attaquerons la décision devant le Conseil d’Etat. L’administration doit prouver ce qu’elle avance. Ce fonctionnement est contraire avec la Convention européenne des Droits de l’Homme», lâche Maître François Gilbert. En 2008, les Boulogne Boys avaient saisi le Conseil d'Etat. Sans succès. 


Les autres groupes auditionnés

Deux autres associations de supporters, non parisiens, Brigade Sud Nice (supporters de l'OGC Nice) et Cosa Nostra Lyon (supporters de l'OL) seront également entenduset feront l'objet mardi d'un avis de la Commission. Des supportersde la tribune Boulogne (Milice Paris et Commando Loubard) seront eux aussi auditionnés, non pas en tant qu'associations mais en tant  que groupements de faits.