Eden Hazard, loin des yeux, loin du coeur

FOOTBALL Admiré en Ligue 1, le prodige belge souffre d'un déficit de notoriété dans son pays...

A Lille, François Launay

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Le Lensois Serge Aurier à la lutte avec  le Lillois Eden Hazard le 30 janvier 2010. 
Le Lensois Serge Aurier à la lutte avec le Lillois Eden Hazard le 30 janvier 2010.  — Reuters/Pascal Rossignol

Un paradoxe lié à un départ précoce de Belgique. Formé à Lille, Hazard n'a jamais porté les couleurs d'un club professionnel belge. Un choix de carrière pertinent sur le plan sportif mais handicapant pour son image. «Il faut savoir que quand tu as quitté le Belgique, le public belge oublie. On est ici enfermé dans un système où il n'y a que le championnat belge qui compte pour beaucoup de gens», résume Marc Wilmots, le sélectionneur adjoint des Diables Rouges, l'équipe nationale de Belgique.

 

«Lille, ce n'est pas bandant»

 

Expatrié oublié, Eden Hazard, l'un des meilleurs joueurs de Ligue 1, est ainsi moins populaire que Romelu Lukaku, attaquant d'Anderlecht et meilleur buteur à 16 ans de la Jupiler League. Inconnu en France, Lukaku a pourtant été élu espoir belge de l'année 2009. Dans ce vote effectué par les journalistes sportifs du pays, là où le joueur d'Anderlecht récoltait 284 points, Hazard n'en obtenait qu'un seul. «Si vous demandez à un gosse dans la rue, le joueur qu'il préfère, il vous dira Lukaku et pas Hazard», image Laurent Denis, journaliste sportif à la Dernière Heure.

Entre France et Belgique, la frontière de la notoriété d'Eden Hazard est immense. Et le fait de jouer au Losc n'arrange rien. «Lille, ce n'est pas bandant. En plus, c'est une ville proche de la Belgique et les gens ici ont l'impression qu'il réussit dans un petit club. Si il jouait à l'OM ou dans une grande formation européenne, il serait déjà un héros national », assure Stéphane Pauwels, consultant football à la RTBF.

 

Pas encore décisif avec les Diables rouges

 

Francophone dans un pays divisé en deux, l'attaquant de 19 ans pâtit aussi des différences culturelles. «Chez nous, il y a deux perceptions différentes entre le Nord (flamand) et le Sud (wallon). Du côté flamand, la Ligue 1 est moins bien suivie que le championnat néerlandais ou allemand», explique Laurent Denis.

Mais pour un joueur qui n'est pas estampillé Standard, Bruges ou Anderlecht, la frontière linguistique peut aussi se transformer en atout. «Le fait qu'il n'ait jamais joué en Belgique est un avantage pour se faire accepter par toutes les communautés», confirme Vincent Langendries, journaliste à la RTBF. Pour toucher le coeur des Belges, Hazard peut aussi se servir des Diables Rouges comme tremplin. International depuis le mois de novembre 2008, l'attaquant se fait progressivement une place en sélection.

A seulement 19 ans, il compte déjà onze sélections (0 but). Mais pour l'instant, le jeune Belge reste dans l'ombre. «Hazard n'a pas encore un statut de star en sélection», confirme Stéphane Pauwels. Francophone expatrié dans un club peu médiatisé et pas encore décisif en équipe nationale, Eden Hazard a encore beaucoup d'obstacles à franchir sur le chemin de la popularité belge. Mais son talent naturel, déjà comparé à celui d'Enzo Scifo par les observateurs, devrait bientôt mettre tous les Belges d'accord.