Nicolas Hourcade: «La haine entre supporters est trop forte»

Propos recueillis par Matthieu Payen

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Les supporters parisiens au Parc des Princes, lors du match de L1 face à Lorient le 6 février 2010.
Les supporters parisiens au Parc des Princes, lors du match de L1 face à Lorient le 6 février 2010. — B.Langlois/AFP

Le sociologue Nicolas Hourcade, professeur à l’Ecole centrale de Lyon, a été chargé par Rama Yade d’organiser le premier congrès des associations de supporters en France. Sa mission l’amène donc à observer tous les supporters en France. Mais les terribles événements en marge de PSG-OM l’obligent à avoir un œil particulier sur ceux du PSG.

 

En réponse aux violences de dimanche soir, Robin Leproux vient d’annoncer l’interdiction de ventes de billets lors des déplacements des supporters parisiens. Est-ce la bonne solution?

A court terme, oui. Ca ne résout pas tous les problèmes parce que ça n’empêchera pas certains supporters de se déplacer, mais ça peut limiter les risques. Les dirigeants parisiens n’avaient pas le choix étant donnée la gravité de la situation. En ce moment, je ne vois pas comment ils pourraient organiser un déplacement de supporters. Mais, ensuite, il faut que le club mette en place une politique cohérente avec les supporters et recrée le lien avec eux.

 

Peut-on parler de guerre des supporters?

Oui. A Paris, deux tribunes concentrent des supporters. C’est un cas rare en France puisque d’habitude il n’y a qu’un seul kop. Historiquement, Boulogne est la tribune dominante et la plus violente. Mais progressivement, Auteuil a pris de l’ampleur et, ces dernières années, elle a eu du mal à accepter la suprématie physique de Boulogne. Donc, d’un côté, Boulogne voit qu’Auteuil prend de l’ampleur et a envie de réaffirmer sa force. Et d’un autre côté, Auteuil n’a plus envie de se faire taper dessus. De plus, Boulogne est une tribune nationaliste, du fait de l'extrémisme politique de certains de ses habitués, alors qu'Auteuil est cosmopolite, ce qui renforce les oppositions.

 

Mais ce conflit n’est pas récent…

En effet, il y a déjà eu des tensions dont un gros conflit il y a cinq ans entre une association d'Auteuil, les Tigris Mystic, et le Kop de Boulogne. Ce conflit ne concernait cependant pas toute la tribune Auteuil. Or, maintenant ça a changé. Boulogne est encore plus éclaté entre différentes bandes depuis la dissolution des Boys. Et une bonne partie du virage Auteuil est prête à s'opposer à Boulogne. Certains supporters d'Auteuil se sont radicalisés parce qu’ils estiment que le seul moyen de se défendre, c’est d’aller sur le terrain de la violence.

 

Les résultats décevants du club ont-ils un impact sur le comportement des supporters?

On aurait pu espérer que la situation soit fédératrice. C’est généralement le cas quand un club va bien ou quand il va mal. Mais l'opposition à Colony Capital ne permet pas aux deux camps de se rapprocher car la haine entre eux est trop forte. C’est nouveau d’entendre les deux tribunes s’insulter en plein match.

 

Alors, que faut-il faire pour éviter cette montée des extrêmes?

A Paris, la situation est tellement critique qu’il faut parvenir à punir rapidement les actes graves. Il y a eu beaucoup d’incidents ces dernières semaines et les personnes impliquées dans ces actes doivent être sanctionnées. Ce n’est pas évident car il y a beaucoup de supporters, tant à Boulogne qu’à Auteuil, qui n’ont rien à voir avec ça. Donc, si on tape à l’aveugle, ça peut envenimer la situation. Il faudrait cibler les plus radicaux.