Chômeur, mais joueur de curling à plein temps

VANCOUVER 2010 Raphaël Mathieu ne se voit pas faire carrière ans un sport aussi peu rémunérateur...

Romain Scotto

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Le joueur de l'équipe de France de curling, Raphaël Mathieu, lors d'un match des championnats du monde contre les Etats-Unis en 2009.
Le joueur de l'équipe de France de curling, Raphaël Mathieu, lors d'un match des championnats du monde contre les Etats-Unis en 2009. — FFSG
De notre envoyé spécial à Vancouver,

Il a beau découvrir l’ambiance du village olympique, l’effervescence des Jeux et les espoirs de médaille. Raphaël Mathieu sait que ses premiers Jeux sont aussi ses derniers. Le joueur de l’équipe de France de curling, qui débutera sa compétition mardi face à la Chine ne s’imagine pas poursuivre sa carrière de sportif de haut niveau après la quinzaine. Fatigué et lassé par quatre années de préparation intensive.
 
«Cela a me demande énormément de temps, souffle l'Isérois, exilé à Montréal depuis quelques années. Maintenant, j’ai envie de fonder une famille et avec le curling, ce n’est pas possible. Je n’ai plus envie de partir six mois dans l’année. Depuis le 15 août, j’ai dormi seulement onze nuits chez moi...» A 26 ans, Raphaël Mathieu est donc tout proche de la retraite. Pour un sportif en bonne santé, l’idée semble insensée. Mais pour lui, le calcul est vite fait: «Financièrement, c’est difficile. Le curling, ça ne rapporte pas du tout».
 
Trouver un emploi stable
 
Quand il ne balaye pas la glace, le joueur de l’équipe de France est conducteur d’engins dans le bâtiment. Du moins sur le papier. «J’ai mis mon travail entre parenthèse depuis quelque temps. L’été dernier, je bossais 80 heures par semaine mais j’étais payé seulement quarante heures. Comme ça, j’accumulais les heures en banque et j’avais la possibilité d’avoir un salaire jusqu’à Noël. Après j’ai eu droit au chômage. Donc ça, c’est pas mal, mais ça n’aide pas à payer tout ce dont on a besoin.»
 
S’il n’était pas pris par sa passion, Raphaël Mathieu pourrait sûrement trouver un emploi stable. Si possible, «dans une grosse entreprise avec un salaire quatre fois supérieur au mien.» Avec les Bleus, tous ses frais sont pris en charge par la fédération. Mais le jeune homme a des factures à payer. A court terme au moins, il n’oublie pas qu’une médaille olympique s’accompagne aussi d’une jolie prime. Le bronze, que les joueurs de curling tricolores pourraient viser, est facturé 13.000 euros par la fédération. Un petit plus qui l’aiderait «pour bien commencer dans la vie.»