Rodrigue N'Doram, le fils du bien nommé

David Phelippeau

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Dès le premier abord, la ressemblance avec son père est troublante.

Le jeune homme a la même dégaine nonchalante et le même sourire en bandoulière. Avec deux centimètres en plus. « Je fais 1,87 m, je suis un peu plus grand que lui ! » Quand la discussion s'engage, plus de doute, c'est bien le fils de son père. Les mots sont comptés. Le ton imperturbable. Rodrigue, âgé de 22 ans, ne se départit jamais de son sourire. « Lui et moi, on est solitaires et réservés », avoue celui qui est défenseur en équipe réserve de Carquefou (DH). Qui se ressemble s'assemble. La famille éclate, mais les deux hommes ne se quittent jamais. Nantes, Monaco puis à nouveau Nantes en 2005.

Le titre des Canaris, emmenés par son papa, en 1995 ? Rodrigue n'a que huit ans. Les souvenirs sont rares. Tout juste, se remémore-t-il, « une pirouette », que son père avait réalisée pour fêter un but, et qui s'était terminée « à moitié en glissade ». Les années monégasques lui parlent davantage. Notamment la rencontre lors d'un match de Super Coupe d'Europe avec Zidane et Roberto Carlos. « Ça a des avantages d'être fils de footballeur, ça ouvre des portes... »

Revers de la médaille, il faut se forger au quotidien, plus que tous les autres gamins de son âge, une identité propre. « Le regard des gens est dur. Parfois, j'étais plus le fils de... que Rodrigue ! » Le débit de paroles s'accélère. Preuve que le sujet est sensible. « Au foot, quand je réussis quelque chose, tout de suite, on me parle de mon père... » Pour couronner le tout, à Carquefou, les coéquipiers l'appellent « Japh ». « Ça m'amuse, je le prends bien ». Car son père, il en est « très fier ». « Je ne lui ai dit jamais car je n'exprime pas beaucoup mes sentiments. On se ressemble tous les deux. Moi, j'ai besoin de lui. Et lui de moi. » Certains soirs de déprime, Japhet, alors directeur sportif du FCN, se confiait à son fils. « C'était dur, je voyais le club qui allait mal et lui, il en était un des responsables, se souvient celui qui travaille actuellement dans un fast-food. Je voyais bien que ça le tracassait. Il me disait que ça lui faisait mal car c'était "le club de son coeur". Rodrigue estime pourtant que son père a appris de cet échec : « Il a été trop gentil. Il le sait. Il me disait souvent "dans ce milieu, on ne sait pas à qui faire confiance". » En tout cas, Rodrigue, lui, « trace son chemin », comme il aime le dire. Et actuellement, un petit rêve germe dans son esprit. « J'ai envie d'évasion. Je veux tenter une aventure de footballeur à l'étranger, en Angleterre ou en Suisse. Mais, ça va dépendre aussi de ce que mon père va faire... » Inséparables, on vous a dit. W