Daniel Costantini : «Il y a quelque chose de pourri au royaume du handball»

HANDBALL Toujours aussi loquace, l'ancien sélectionneur évoque Claude Onesta, la demi-finale des Bleus contre l'Islande ou encore le manque de renouvellement de ce sport qu'il aime tant...

Propos recueillis à Vienne par Alexandre Pedro
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De notre envoyé spécial en Autriche

Assis dans un coin de la grande salle de Vienne, où va se tenir samedi la demi-finale de l’Euro entre la France et l'Islande, Daniel Costantini observe le dernier entraînement de cette équipe de France qui a longtemps été la sienne. Consultant pour RMC Info, l’homme des premières médailles du hand français n’a pas l’intention d’observer un devoir de réserve.

Vous gardez un pincement au cœur quand vous regardez et commentez cette équipe de France?
Pas du tout. Le pincement au cœur je l’ai eu en 2002, d’autant plus que l’équipe n’était pas bonne puisqu’elle avait fini sixième de cet Euro. Je me demandais très prosaïquement pourquoi j’étais parti (NDLR : Daniel Costantini a arrête sa carrière de sélectionneur après le titre mondial de 2001). Après, ils font leur histoire et moi la mienne. J’ai appris à vivre sans la gloire du terrain. Maintenant, il n’y a aucun problème.

Faisiez-vous partie des ces personnes inquiètes après le début de compétition mitigé des Bleus (nul contre la Hongrie, victoire d’un but contre les Tchèques)?
Honnêtement, oui. Maintenant, il y a des raisons qui peuvent expliquer ce début mitigé. Quand je vois que quelqu’un d’aussi prudent que Claude Onesta accepte de jouer un tournoi de Bercy deux jours avant le début d’un championnat d’Europe, je me dis qu’on a pris un risque. Mais cette équipe a une certaine constance, il suffit de voir ses résultats depuis 2006. A l’époque des Barjots, c’était plutôt «un coup je te vois, un coup je ne te vois pas».

Claude Onesta se repose à nouveau sur un groupe assez restreint et ne semble pas trop faire confiance à ses remplaçants. Qu’avez-vous pensé de ses critiques parfois virulentes envers eux?

Dans ses critiques, il y a peut-être un fond d’autocritique. Claude n’est pas toujours très prompt à permettre à ses remplaçants d’acquérir une compétence. Il leur demande beaucoup et tout de suite. Mais ce qui sauve la France sur cet Euro, c’est le trio Omeyer-Karabatic-Narcisse. Si on pointe toutes les actions positives d’un Karabatic lors d’un match… mais c’est exceptionnel. Tant que ces trois sont au plus près de leur forme optimale, la France est au dessus des autres. Aucune autre équipe n’a un trio pareil.

D’après pas mal d’observateurs, l’Islande est plus forte que lors des Jeux de Pékin. Vous avez aussi cette impression ?
La grosse différence dans cette équipe d’Islande, c’est la forme de l’arrière gauche Atlasson. Il faut savoir que ce garçon n’a pas joué contre la France lors du Mondial 2007, parce qu’on l’avait retrouvé ivre mort dans l’ascenseur de l’hôtel. Depuis, il s’est acheté une conduite. Et quand vous avez un arrière droit comme Stefansson, un demi-centre comme Gudjonsson qui est peut-être le meilleur à son poste, vous pouvez voyager loin. Et puis à la différence de la finale olympique à Pékin, ils ne sont pas là pour nous servir de faire-valoir.

Quelle est le point faible de cette équipe?
Leur style de jeu nous convient bien d’accord, mais leur problème c’est surtout qu’ils n’ont pas de gardien. Un Omeyer va être à 38% d’arrêts contre 26 ou 27% pour son collègue islandais. Si on maintient les Islandais à 28 buts, ça devrait passer parce qu’on va trouver des solutions en attaque.  Franchement, si j’étais bookmakers je jouerais la France.

Si on se projette dans l’après Euro – avec une nouvelle victoire à la clé pourquoi pas – on souhaite bon courage à la génération qui arrive pour au moins être digne de celle-ci…
Il ne faudrait pas qu’il arrive à l’équipe d’Onesta ce qui est arrivé à la grande Suède des années 90 à 2002. A forcer de tirer sur cinq, six joueurs vieillissants, la Suède a disparu de la circulation et commence à peine à revenir. Je suis moins inquiet pour la France. Des garçons comme Abalo, Guigou ou Karabatic sont encore jeunes. Jusqu’aux Jeux de Londres en 2012, je pense que tout va bien se passer. Après? Je ne sais pas… Comme Onesta va s’arrêter après Londres, il se dit peut-être: «Après, moi le déluge». On ne peut jurer de rien. Après, il faut voir la concurrence. Quand vous voyez que l’Islande ((et ses 6.000 licenciés) constitue la principale menace pour les Bleus, on se dit qu’il y a quelque-chose de pourri, non pas au royaume du Danemark, mais dans celui du handball. Certains pays ne se renouvellent pas, ne travaillent pas. Et puis à force de voir un seul continent – l’Europe – dominer les débats, ce sport devient un peu consanguin.