Aymeric Jeanneau: «Il faut laisser une place aux Français en ProA»

INTERVIEW Le meneur de jeu de l'Asvel déplore le nombre trop élevé de joueurs étrangers dans le championnat de France...

Propos recueillis par Romain Scotto

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Le basketteur français de Villeurbanne, Aymeric Jeanneau, le 27 novembre 2009, lors d'un match contre le Mans en ProA.
Le basketteur français de Villeurbanne, Aymeric Jeanneau, le 27 novembre 2009, lors d'un match contre le Mans en ProA. — P.Merle/AFP

Le basketteur français est une espèce en voie de disparition en Pro A. Regrettant le nombre élevé d’étrangers sur les parquets du championnat de France, le syndicat des joueurs, présidé par Aymeric Jeanneau, menace aujourd’hui de faire grève si les clubs ne jouent pas le jeu. Les joueurs exigent la signature d’un protocole d’accord obligeant les clubs à alignent «un minimum de cinq joueurs formés localement et disposant d'un contrat professionnel sur un effectif de 9 ou 10 joueurs professionnels». Et ce, dès la saison prochaine.

La menace de grève est-elle le seul moyen pour limiter le nombre de joueurs étrangers en proA?

C’est un moyen de pression. Tous les joueurs sont mobilisés derrière nous. Ils ont compris. Si on n’arrive pas à discuter avec les présidents de clubs, on fera grève sur une journée. On sacrifiera une journée, du temps de chacun. C’est d’actualité, ce ne sont pas des paroles en l’air. Si on en arrive là, c’est par ce que personne ne comprend l’urgence de la situation dans le basket français.

La situation est-elle si préoccupante que cela?
La formation française montre ses preuves au niveau des jeunes avec les résultats des équipes de France moins de 18 ans, moins de 20, mais on ne les fait pas jouer après. On a un potentiel de jeunes joueurs important, mais il faut leur laisser une chance de jouer et d’évoluer. Aujourd’hui, l’équipe de France avec Parker, Diaw, Pietrus Turiaf, elle est belle, mais lorsqu’on enlève les quatre, ce qui va se produire dans deux ans, où est ce qu’on ira? Il faut des jeunes qui aient joué en Euroligue, des matchs importants en ProA. C'est le minimum.

Est-ce que les Américains pourraient être remplacés par des Français qui ont le même niveau actuellement?
Certains largement. Tous pas forcément, parce qu’on veut aussi de bons étrangers. On ne fera pas une équipe qu’avec des Français, ce n’est pas possible. Mais si on a cinq-six Français et à côté de ça trois Américains, là ça fera jouer tout le monde. Il faut qu’on laisse une place aux Français. Et donner du temps de jeu à des jeunes pour pas qu’on les fasse atterrir en N1. Parce qu’en Pro B, il n’y a pas de place non plus. Un club qui investit sur un jeune avec peu d’expérience, ce sera sur du long terme. Alors qu’un Ricain qu’on prend à 30 ans, il a baroudé et sur les premiers mois, il sera efficace. Le problème, c’est qu’on vit trop sur le court terme.

Si on impose cette règle les clubs français ne seront-ils pas encore moins performants sur la scène européenne?
C’est une fausse réponse. En France, il y a peu de clubs qui ont le niveau européen. Il y a l’Asvel, qui a les ambitions. Peut-être Le Mans. Il faut des gros budgets. Faut pas se leurrer. Quand on regarde Cholet, ils ont atteint une finale avec des joueurs français. De Colo, Beaubois, Marquis. Financièrement, les clubs ne peuvent pas suivre le haut niveau européen. La Coupe d’Europe se joue avec des clubs qui ont les mêmes budgets, mais qui font jouer des jeunes joueurs locaux. Elles ont une identité avec des joueurs de leurs pays. La Croatie, tout ça. Ils jouent avec de joueurs de leur pays, peut-être moins talentueux mais qui savent joueur au basket tous ensemble. Nous, on bricole des équipes d’une année à une autre avec des étrangers qui veulent rebondir sur une saison.