Paul-Henri De Le Rue: «Les Jeux, je vais les bouffer»

SNOWBOARD Le médaillé de bronze des Jeux de Turin entend bien récidiver l'hiver prochain. Au côté de son frère cette fois...

Propos recueillis par Romain Scotto

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Le spécialiste français du snowboardcross, Paul-Henri De Le Rue, le 2 février 2006 lors d'un entraînement à Vars.
Le spécialiste français du snowboardcross, Paul-Henri De Le Rue, le 2 février 2006 lors d'un entraînement à Vars. — B.Horvat/AFP

A moins de deux mois des Jeux, le spécialiste du snowboardcross, médaillé de bronze à Turin, est plongé dans sa préparation. Mais entre deux entraînements à Saint Lary, sa station dans les Pyrénées, et ses compétitions, le cadet de la fratrie De Le Rue a besoin de s'évader à travers les tournages et les séances photos.

Comment se passe votre préparation, alors que vous avez repris la compétition il y a trois mois?
J'alterne entre compétition, entraînement et communication. Sur la première épreuve de Coupe du monde, en Argentine, je fais 7e. Ça s'est bien passé. J'étais prêt. Puis j'ai fait plein de choses. Je suis allé sur le tournage de camping 2 où j'étais figurant. C'est pour ma culture personnelle. Je voulais voir comment se passait le tournage d'un film à gros budget. J'ai aussi fait des photos d'action pour les magazines. Et là, on travaille aussi sur un projet de film sur le changement climatique.

Cela signifie que vous n'êtes pas encore braqué sur les Jeux?
Si, si, je suis complètement plongé dans les Jeux. Mais le truc, c'est que je n'ai jamais été capable de me concentrer sur une seule chose. C'était déjà le cas il y a quatre ans. Rester focalisé à me branler sur les Jeux pendant deux mois, ça ne me va pas du tout. Du coup, je suis super actif, je fais plein de choses. 

Vous ne voulez pas subir la pression de l'événement?
Voilà, je ne me fais pas bouffer par les Jeux. C'est plutôt moi qui vais les bouffer. Je ne veux pas qu'ils dictent ma façon d'être et d'agir. Je veux être le seul maître. Il y a dix jours, je me suis blessé au genou pendant un entraînement. J'ai pris du repos. Et là, je commençais vraiment à me faire bouffer par cette pression olympique. Alors j'ai fait plein de choses autour pour oublier tout ça. Je fais ce qui me passionne et du coup je suis plus performant. Dans ma vie, j'ai besoin de piment, sinon, je dépéris.

De quoi souffrez-vous exactement?
Pas grand-chose. C'est un  kyste méniscal. Je le traîne depuis des années. J'aurais pu me faire opéré, mais les médecins ont toujours estimé qu'on pouvait repousser l'opération. Je pense que je me ferai opérer au printemps prochain.

A Vancouver, vous rêvez de monter sur le podium avec votre frère?
C'est un but ultime. On va tout faire pour que ça se passe au mieux, à deux. Notre objectif, c'est de faire un podium tous les deux. On veut que ce soit notre course. J'ai vraiment l'intention que ce soit notre journée, à nous. 

Parlez nous de vitre discipline, quand vous êtes dans l'aire de départ. Qu'est ce qui vous passe par la tête?
Le but, c'est d'être quelqu'un d'autre. Il faut mettre toute l'énergie qu'on a en soi pour partir le plus fort possible et être un surhomme. C'est un vrai sport de combat. Moi j'ai changé ma préparation parce que j'étais en train de devenir "Monsieur tout le monde", et ça ne me convenait pas du tout.

Vous suivez un peu les résultats dans les autres disciplines? Le week-end dernier, en ski nordique, les Français ont cartonné.
Non. Pas cet automne. J'étais particulièrement concentré sur moi-même. Sur ma préparation. Je vais être ultra-égocentrique jusqu'au Jeux.  

Il y a quelques mois, votre frère a été happé par une avalanche? Cette expérience a-telle changé quelque chose chez vous?
Ça nous a marqué. Surtout lui. On est conscient qu'on prend des risques. On fait en sorte d'être encore plus vigilant qu'auparavant. Maintenant quand je fais des lignes en frreeride, au dessus de barres rocheuses, je fais plus souvent demi-tour qu'avant. Je renonce plus souvent. 

Justement, comment va votre frère, Xavier?

Il est parti en Antarctique trois semaines. On ne s'entraîne pas souvent ensemble. Parfois oui. Il fait plein de choses sans moi.