« Nous avons su mettre le feu au stade »

Recueilli par Nicolas Pion

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La demi-finale de Coupe d'Europe des clubs champions, en 1985, c'est d'abord une lourde défaite à Turin [3-0]. Comment l'expliquez-vous ?

Alain Giresse : Nous n'étions simplement pas prêts à gérer le contexte d'un match aussi important. Nous n'avons pas maîtrisé le côté intox, la pression populaire. Nous n'avons pas bien appréhendé cette rencontre et, face à des joueurs de la trempe de Platini, Rossi ou Boniek, ça ne pardonne pas !

Comment avez-vous abordé le match retour [victoire 2-0] ?

Un peu avec l'énergie du désespoir ! Ce qui nous avait le plus affectés à Turin, c'était de ne pas avoir montré notre vrai visage. Nous voulions donc tenter le tout pour le tout, être à la hauteur de l'événement.

Gardez-vous le souvenir de la victoire ou celui de l'élimination ?

Les deux ! L'ambiance fut extraordinaire [42 000 personnes, record d'affluence du Parc Lescure] et nous avons su mettre le feu au stade en bousculant les Italiens [sauvés par leur poteau à la fin du match], mais il est impossible de ne pas englober le match aller et ses regrets.

La finale Juventus-Liverpool, c'est la catastrophe du Heysel. Comment avez-vous réagi, vous et vos coéquipiers ?

Tout le monde était incrédule, abasourdi, consterné, et quelques commentaires fusaient : "Nos supporters et peut-être des proches auraient pu perdre la vie..." ou "Finalement, on a peut-être eu de la chance de se faire éliminer." Aujourd'hui encore, il y a ce doute qui plane. Nous ne saurons jamais si effectivement c'était un mal pour un bien ni ce qu'il serait advenu si nos supporters s'étaient retrouvés à la place des tifosi de la Juventus.

Cette année, après son bon match aller à Turin [1-1], comment Bordeaux doit-il gérer ce match retour ?

Les Girondins ont livré un superbe match à Turin, même si la Juventus n'est pas aussi souveraine qu'en 1985. Je pense que cette confrontation sera plus compliquée, car à domicile il faudra s'impliquer dans tous les duels et générer un maximum d'actions. Or, la Juve sait parfaitement défendre. Ce match sera d'autant plus ardu qu'il sera décisif pour le classement, et nous connaissons la force des équipes italiennes dans les matches décisifs !

Sur quels atouts les Girondins devront-ils s'appuyer ?

Leur tradition de jeu collectif bien huilé, construit sur la patience, et leur capacité à porter des coups décisifs. L'issue du match dépendra de leur aptitude à varier le rythme, à gérer les changements et à être capable de les imposer et d'en tirer profit avec fraîcheur physique et lucidité. W