L'insubmersible Raymond Domenech

FOOTBALL Le sélectionneur aborde un nouveau match déterminant...

Matthieu Goar

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Le sélectionneur des Bleus, Raymond Domenech, le 9 septembre 2009 en Serbie.
Le sélectionneur des Bleus, Raymond Domenech, le 9 septembre 2009 en Serbie. — M.Djurica/REUTERS

 Sourires en coin et regard perçant, Domenech a encore une fois fait le plein mardi soir à Clairefontaine pour sa conférence de presse d'avant-match. Journalistes français venus se faire rembarrer, cameramen étrangers intrigués par le phénomène, le show est rodé. Déception. Cette fois-ci, le sélectionneur n'a pas évoqué «l'odeur du sang», comme à l'automne 2008 avant un France-Serbie déterminant.

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Et pourtant France-Irlande est un nouveau match couperet. D'abord bien sûr, pour une équipe de France qui n'a pas envie de suivre les traces de la génération 93 éjectée du Mondial américain. Mais aussi pour l'avenir personnel du sélectionneur. Si la France ne se qualifie pas pour la Coupe du monde, la mission qui lui a été confié en juillet 2008, Raymond quittera les Bleus. «Depuis mes débuts à la tête de l'équipe de France, j'ai toujours voulu préparer le match à venir. S'il n'y avait personne pour me rappeler que c'est peut-être mon dernier match, je ne m'en souviendrai même pas», explique-t-il avec une bonne dose de mauvaise foi.

72 matchs sur le banc


Ou peut-être, est-ce simplement l'habitude. «C'est vrai qu'il y en a eu quelques-uns des matchs comme celui-là», glisse le sélectionneur. Depuis 5 ans qu'il mène le 11 tricolore, Domenech a tellement flirté avec le gouffre qu'il a sans doute perdu la  notion du vide. Déjà en 2005, après seulement quelques matchs, on lui prédit une fin de carrière prématurée. Le retour des anciens le sauve et lui permet de devenir le devin du 9 juillet 2006. Un Euro catastrophique et une demande en mariage maladroite plus tard, il se sauve en deux temps: d'abord en convaincant le Conseil Fédéral de la FFF de le reconduire puis en lançant Gourcuff qui redonne un peu d'espoirs aux public du Stade de France qui réclamait sa tête à l'automne 2008. «C'est le propre de la compétition. Chaque match est déterminant. Les à-côtés, ça fait longtemps que je n'y pense plus», assure-t-il la tête toujours bien sur les épaules.

On serait finalement tenté de le croire tant les polémiques (encore dernièrement sur sa supposée brouille avec Thierry Henry) glissent sur lui. A tel point qu'on se demande s'il en est affecté. Insubmersible Domenech… Toujours touché, jamais coulé, l'éternel futur ex-sélectionneur est en train de faire un sacré bout de chemin à la tête des Bleus. Mercredi soir, Raymond Domenech s'assoiera pour la 72e fois sur le banc de l'équipe de France. Depuis les années 70, seul Michel Hidalgo a eu un bail plus long (75 matchs entre 1976 et 1984). Même le mentor de Raymond, Aimé Jacquet, n'est resté que quatre ans à la tête des Bleus. Surtout que le show Domenech n'est plus qu'à 90 minutes d'une prolongation qui l'amènerait jusqu'au Mondial en Afrique du Sud. «Je n'ai pas eu besoin de leur expliquer que ce match-là ouvre la porte de la Coupe du monde», a raconté Domenech mercredi soir. Si les Bleus franchissent cette porte, Domenech sera le premier sélectionneur à qualifier l'équipe de France pour une troisième compétition d'affilée. Le tout sur un perpétuel siège éjectable.

 Le sélectionneur a dit savoir qui remplacerait Eric Abidal en défense centrale mais préserve le secret. Il s'agira sans doute de Sébastien Squillacci. Etonnamment, le sélectionneur a dit ne pas s'inquiéter des tirs au but. «C'est un exercice qui ne me réussit pas. Je préfère me dire qu'il n'y en aura pas», a-t-il expliqué en référence à la finale du Mondial 2006. En espérant simplement que les Bleus aient bossé un peu l'exercice…