Financez la carrière d'un espoir du tennis français

TENNIS Sur Internet, un site communautaire propose d'aider des joueurs prometteurs, mais dont le budget est très serré...

Romain Scotto

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Le tennisman français Augustin Gensse, lors d'un entraînement au Centre national d'entraînement de Roland-Garros, le 4 novrembre 2009
Le tennisman français Augustin Gensse, lors d'un entraînement au Centre national d'entraînement de Roland-Garros, le 4 novrembre 2009 — S.Ortola/20minutes

Qu’est ce qui différencie un joueur lambda du top 100 d’un jeune prometteur, végétant dans les profondeurs du classement? Une bonne dose d’expérience, certes, mais bien souvent le contenu de leur compte en banque. Pour vivre décemment du tennis, mieux vaut être classé parmi les cent premiers mondiaux. Au-delà, il est souvent compliqué de joindre les deux bouts. Pour venir en aide à quelques galériens, un entrepreneur a lancé l'idée du financement privé, via un site Internet (tennis-angels.com). Sur le model du site mymajorcompany, il est possible, depuis octobre, d’investir sur des champions, en espérant un retour sur investissement s’ils intègrent un jour le top 100.

«Le but, c’est d’atteindre un financement de 150.000 euros par joueur sur trois ans, glisse le gérant, Jean-Marie Loinard.» En retour, les internautes se divisent 30% des gains en tournoi des joueurs sélectionnés. A l’instar du chanteur Grégoire, tennis-angels pourrait révéler quatre inconnus du grand public, dont Claire Feuerstein, 188e et 14e française à la WTA. A 23 ans, la jeune gauchère est la plus prisée des internautes. Avant de rêver de victoire en Grand Chelem, elle aspire seulement à ne plus être obsédée par son porte-monnaie. «Pour chaque déplacement, on passe un temps fou à chercher les billets de train et d’avion les moins chers. Pareil pour l’hôtel. Récemment, j’ai passé deux heures dans Rome pour trouver un hôtel à bon prix. Quand on joue le lendemain, ce n’est pas l’idéal.»

Des nuits passées à l’aéroport

Même casse-tête pour les repas. «Par souci d’économie, il m’arrive d’aller au Flunch», enchaîne la Grenobloise qui joue cette semaine «un 50.000». Traduisez, le tournoi de Nantes. Chez les mal classés, on parle en dollars. L’argent est plus qu'une obsession. Augustin Gensse, un autre joueur en attente de financement, a du mal à planifier ses tournois sur le long terme. «Là, je sais que financièrement, j’ai six - huit mois d’autonomie. Si je n’ai pas de résultats avant avril, ça risque d’être compliqué.» Concrètement, le globe-trotter de 26 ans pourrait dire au revoir à son coach, Nicolas Coutelot, et renouer avec le système D.

L’ancien vice-champion de France junior garde en mémoire certaines nuits passées à l’aéroport pour économiser le prix d’une chambre. «Dans la mesure du possible, je ne fais pas le rat. Sur la bouffe, les hôtels… Je préfère bien manger et bien dormir et mettre toutes les chances de mon côté. Mais parfois, on n’a pas le choix.» Pour progresser au classement, le joueur est aussi obligé d’aller chercher les points là où il peut, écumant les tournois improbables, sans ramasseur de balle. «Une fois à Tbilissi en Géorgie, je jouais sur un court en indoor, entre quatre murs de prison. Tout à coup, je vois trois énormes blocs de pierre tomber sur le court. Là, tu te dis "Mais où je suis?" Puis le soir, je pars manger au MacDo avec un Luxembourgeois. En pleine rue, on voit un type qui s’arrête en voiture et qui bute un autre mec. On s’est carrément senti en danger.» On comprend mieux pourquoi Gensse et ses compères souhaitent franchir un pallier. Et tirer un trait sur cette carrière de tennisman anonyme.