Pourquoi le foot a un problème avec l'homosexualité?

FOOT La sortie du président de Montpellier sur Benoît Pedretti n'est qu’un exemple parmi d'autres de l'homophobie ordinaire dans le football...

Alexandre Pedro

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 Les supporters marseillais souhaitent la bienvenue aux Parisiens, le 8 avril 1998.
 Les supporters marseillais souhaitent la bienvenue aux Parisiens, le 8 avril 1998. — AFP

Louis Nicollin n’a pas inventé le dérapage homophobe dans le football en traitant Benoît Pedretti de «petite tarlouze». Dans un sport qui exalte l'ardeur masculine, l’amitié virile et sent bon l’animal, l’insulte homophobe est aussi inconsciente qu’omniprésente. L’immuable oh hisse enculé accompagne chaque dégagement du gardien adversaire sur la plupart des terrains de Ligue 1. «J’ai connu ça toute ma carrière. D’accord, ça fait partie du folklore, mais on devrait quand même l’interdire», déplore Vikash Dhorasoo.

«Il faut monter qu’on est des vrais hommes»

Seul joueur à défendre la cause homosexuelle dans le football, l’ancien international ne veut pas donner plus d’importance qu’ils en ont aux propos du président montpelliérain.  «Il ne faut pas en rajouter avec Nicollin, ça ne sert pas la cause. Ce n’est pas la première fois qu’il a des propos de gros naze. Ce qui me fait marrer c’est la réaction de Pedretti qui se sent insulté parce qu’il s’est fait traiter de tarlouze. Ce n’est pas une insulte pourtant», remarque l’ancien lyonnais.

La sortie de Nicollin dénote pourtant bien le rapport qu’entretient le football à l’homosexualité selon Philippe Liotard, sociologue à l’université de Lyon I et auteur de plusieurs travaux sur la question gay dans le sport. «Dans le football, les propos homophobes ne sont pas considérés comme tels. On ne voit pas en quoi traiter quelqu’un de pédé serait homophobe», développe Liotard. L’anathème «enculé» entendu un peu partout (et dans toutes les langues) et les banderoles dans le même d’ordre d’injure, résultent selon le chercheur  d’une volonté des supporters de «dévaloriser l’adversaire en remettant en cause sa virilité. Il s’agit de provoquer une réaction identitaire, il faut monter qu’on est des vrais hommes».

«Impossible de faire son coming-out»

Pas facile dans ces conditions d’affirmer son homosexualité. Olivier Rouyer a bien effectué son coming-out, mais près de 20 ans après l’arrêt de sa carrière. En 2009, il n’y a donc aucun gay recensé dans le football professionnel. Rien d’étonnant selon  Vikash Dhorasoo: «C’est presque impossible d’affirmer sa différence et de faire son coming-out dans un milieu comme le foot où il faut tout le temps montrer son hétérosexualité.»

De David Ginola à Marcello Lippi, ils sont nombreux à jurer la main sur le cœur qu’il n’y a que des hétéros dans le monde du foot. Philippe Liotard tord le cou à cette vision. «Ces joueurs sont tous persuadés de ne jamais avoir rencontré d’homosexuels. Ils ont une représentation erronée d’eux. Ils sont persuadés qu’ils les regarderaient sous les douches. Or, on sait d’après des travaux effectués dans le sport féminin que ces personnes vont encore plus se contrôler et être dans une stratégie d’effacement». Pour le chercheur, le coming-out d’une ou deux stars du ballon  pourrait amener à plus de tolérance et changer les regards. «Imaginons que Platini ou Zidane se disent homos, ça aurait un impact énorme sur les mentalités», estime-t-il. De là à nous changer Loulou Nicollin et à éradiquer le problème, il y aurait encore un peu de marge.