Comment les nageurs se préparent à se déshabiller

NATATION Deux mois et demi avant l'interdiction officielle des combinaisons et le retour au maillot de bain...

Romain Scotto

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Le nageur français Hugues Duboscq, lors du 100m brasse des championnats du monde de Rome, le 26 juillet 2009.
Le nageur français Hugues Duboscq, lors du 100m brasse des championnats du monde de Rome, le 26 juillet 2009. — A.Bianchi/REUTERS

Dans les bassins français, les shortys et les slips reviennent en force, depuis quelques semaines. Rien avoir avec la mode. Anticipant l’interdiction totale des combinaisons au premier janvier prochain, la fédération française a imposé le retour aux tenues légères lors des compétitions nationales. Alors que la saison sportive 2009-2010 vient tout juste de débuter, ce changement suscite déjà quelques interrogations…

 
Quelles conclusions après les premiers meetings?
Quelques jours après le lancement de la saison en petit bassin, les résultats sont déjà frappants. En slip, on nage avec le frein à main. «Les différences sont celles que l’on pouvait imaginer, relève le DTN Christian Donzé, pas vraiment surpris par la tournure des événements. Sur 50m chez les hommes, la perte moyenne est de sept dixièmes. Un chiffre à relativiser selon Lionel Horter, qui préfère ne pas tirer de conclusion si tôt dans la saison. Le coach de Mulhouse n’est pas particulièrement inquiet pour les nageurs français, obligés, comme tous les autres, d’accueillir leurs chronos avec un prisme nouveau. «Ne pas être au niveau, ce n’est pas la question. On parle d’un problème qui touche toute la natation mondiale. Michael Phelps, qui a nagé cet été avec une combinaison, va aussi devoir l’enlever.» Et accepter de fuser moins vite dans l’eau.
 
Quels changements à l’entraînement?
Tous les coachs sont formels. Dans le bassin comme en dehors, on ne prépare pas un nageur en slip comme un hors-bord en combinaison. En clair, les champions de demain diminuent les charges de musculation et travaillent plus les phases techniques (comme les coulées). Une adaptation destinée à compenser la perte de l’effet combi, même si à l’entraînement, les nageurs enfilaient rarement l’équipement miracle. «Il est clair qu’elles favorisaient une certaine façon de se préparer, enchaîne Horter. Du coup, on verra peut-être émerger des nageurs qui sont au second plan.» L’autre changement concerne l’approche de la course. «L’idée est désormais de valoriser la confrontation. Faire primer la place et oublier le chrono», confie Fabrice Pellerin, en poste au club de Nice. Parce qu’une médaille d’or laisse toujours plus de trace qu’un temps canon.
 
Une génération sacrifiée?
Pour certains jeunes nageurs, nés avec du polyuréthane sur le dos, le changement risque d’être douloureux. «J’ai discuté avec un entraîneur canadien qui est désemparé, confie Horter. Pour lui, toute sa génération de jeunes est finie. Sans combinaison, aucun nageur ne peut être performant.» L’ex-coach d’Amaury Leveaux ne sombre pas dans un tel pessimisme. Mais reconnaît l'éergence d'un débat. «Mentalement, certains étaient habitués à un certain niveau de performance. A chaque fois qu’ils vont nager moins vite, ils vont pas se prendre une claque. A chaque course, quand on sort et qu’on regarde le chrono, ça va faire mal. Il n’y a que les plus forts qui vont passer et se réinscrire dans une dynamique.»
 
Quel impact sur les critères de sélection?
Dans ce domaine, les cadres techniques français ont choisi l’option du retour en arrière. Pour les prochains championnats d’Europe de 2010, les minimas ont été établis suivant les temps de 1999, année où les combinaisons ont commencé à inonder les compétitions. «Forcément, on a été obligé de se replonger quelques années en arrière, avance Donzé. On sait que sur une olympiade, la progression des performances est de 0,8%. Donc on a établi une grille de minima là-dessus.» En clair, sur 100m, un 49’10 (très loin du record du monde de Cielo à Rome, en 46'91) aux championnats de France suffira à un sprinter pour disputer les Europe à Budapest. A condition qu’il termine dans les quatre premiers. Selon les projections, la France devrait aligner une trentaine d’athlètes en Hongrie. Mais en fonction de l’évolution des chronos, la DTN assure aussi avoir envisagée le pire des scénarios. Preuve que le retour au slip suscite de réelles interrogations.