Dans les secrets de la défense bordelaise

Rémi Bostsarron

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Les progrès soulignés contre Le Mans (3-0), samedi dernier, n'ont pas dû changer totalement son opinion

. Depuis le début de la saison, Laurent Blanc estime que son équipe « défend mal ». Un jugement qui peut paraître sévère, si l'on s'en réfère aux simples statistiques. Bordeaux possède aujourd'hui la deuxième meilleure défense de Ligue 1, avec sept buts encaissés en dix journées. Pourtant, Mathieu Chalmé dit comprendre son entraîneur. « C'est un ancien défenseur, il cherche la perfection, affirme-t-il. S'il se contentait de dire : "C'est parfait les gars" quand on ne prend pas de but, on irait droit dans le mur. Chaque fois qu'il voit une erreur, il la relève et il l'explique. Après la défaite à Auxerre (1-0), on a eu droit à des vidéos et on s'est fait des critiques entre nous. Ce sont des discussions qui font avancer. Il avait raison : depuis le début de la saison, on s'en tirait bien. Par exemple contre Nice, on a gagné 4-0, mais on aurait dû prendre un ou deux buts. »

A force de louer le jeu d'attaque bordelais, on en oublierait presque l'importance que Laurent Blanc attache à la qualité de sa défense. Dans son esprit, les deux sont intimement liés. Si les attaquants ne sont pas faits que pour attaquer, les défenseurs ne sont pas faits non plus que pour défendre. Il suffit, pour le comprendre, d'observer le choix de ses hommes depuis son arrivée aux commandes de l'équipe il y a deux ans. C'est lui qui a fait venir Mathieu Chalmé de Lille et qui a sorti Benoît Trémoulinas d'une équipe réserve où il serait resté longtemps sous les ordres du coach précédent, Ricardo. Deux latéraux qui ont pour points communs d'avoir évolué au milieu et de posséder la vitesse et la qualité technique suffisantes pour assumer l'essentiel du jeu offensif dans les couloirs.

Mais à force de compter sur les latéraux pour apporter le surnombre devant, Bordeaux prend des risques, auxquels sont confrontés les défenseurs centraux. Et c'est en contre que le bas blesse. « Forcément, c'était beaucoup plus facile de défendre avec Ricardo : on était toujours dix derrière et on attendait, témoigne Marc Planus. Aujourd'hui, comme les latéraux montent beaucoup, on se retrouve parfois à deux contre trois face aux attaquants adverses. »

Une faille particulièrement visible à Auxerre, où à quatre reprises un Bourguignon lancé en profondeur est allé provoquer Cédric Carrasso en duel.

Pour l'ancien portier toulousain, d'ailleurs, il a fallu s'adapter à ce jeu beaucoup plus porté vers l'avant que celui prôné dans le Ville rose. « Dans cette équipe qui a pratiquement tout le temps le ballon, j'ai un rôle différent, confie-t-il. Je ne suis pas beaucoup sollicité, mais je dois toujours me tenir prêt, car je sais que je vais devoir affronter une ou deux situations très difficiles. »

L'exigence de Laurent Blanc a donc ses revers, mais ses joueurs ne s'en plaignent pas, au contraire. Marc Planus, par exemple, sait le parti qu'il peut tirer d'un coach dont le style, comme joueur, « était plus proche du (sien) que de celui de Gabriel Heinze (OM) » : « Quand tu as un entraîneur toujours sur ton dos qui te dit : "Avance, avance, avance", au bout d'un moment, tu le fais. Et j'ai progressé dans l'apport offensif. » A ses côtés, Michaël Ciani suit le même chemin, comme Souleymane Diawara avant lui.

Reste que l'arrière-garde bordelaise est composée de défenseurs, dont la satisfaction première est de ne pas encaisser de but. « C'est particulièrement important pour notre gardien, glisse Chalmé. Il nous en parle souvent, de cette statistique. Il avait la meilleure défense de L1 avec Toulouse l'an dernier, et il aimerait bien faire la même chose ici. » Un objectif confirmé par Carrasso. « Si on y arrive, avec une équipe comme Bordeaux qui marque énormément, on finira forcément à l'une des deux premières places, assure-t-il. Dans un match, ne pas prendre de but, c'est déjà faire 70 % du travail. »

Le défi des défenseurs Bordelais est donc aujourd'hui de trouver un équilibre entre l'ambition offensive collective et leur tâche élémentaire, les « fondamentaux » oubliés selon Laurent Blanc lors des défaites Saint-Etienne et à Auxerre. « Il ne faut pas oublier quel est notre rôle à la base, souligne Chalmé. Quand on peut monter, il faut monter, mais pas à tous les coups. Ce que demande le coach est éprouvant physiquement, il ne faut pas se cramer. » Pour l'ancien Nordiste, l'économie d'énergie passe notamment par une meilleure communication avec ses coéquipiers du milieu et de l'attaque. « C'est à nous de leur fournir le tempo, explique-t-il. S'ils font un bon travail de pressing, on n'aura que des miettes à ramasser. Mais pour ça, il faut donner de la voix. On a un peu de mal à communiquer, c'est un de nos défauts. Or, parfois c'est très important : plutôt que de faire vingt ou trente mètres, on peut n'en parcourir que cinq si on parle au bon moment. » W