Les niches fiscales des footballeurs menacées

FOOTBALL Mais les présidents de club veillent au grain…

Matthieu Payen

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 Les deux Argentins, Fernandez Augusto et Gonzalo Ruben Bergessio, ont enflammé la rencontre face à Bordeaux, le 3 octobre 2009
 Les deux Argentins, Fernandez Augusto et Gonzalo Ruben Bergessio, ont enflammé la rencontre face à Bordeaux, le 3 octobre 2009 — R.Pratta/REUTERS

«C’est un scandale», s’insurge Bernard Caïazzo. Le co-président de Saint-Etienne est particulièrement énervé contre le projet d’amendement déposé à l’Assemblée nationale par le député UMP Marc Le Fur. Ce dernier souhaite remettre en question les avantages fiscaux dont bénéficient les sportifs professionnels, footballeurs en tête. Des avantages qui permettent «une réduction d’un tiers du revenu imposable», selon les auteurs de l’amendement.

 

La suppression de ces allègements n’est évidemment pas du goût des présidents de clubs. «Je ne suis pas contre les cotisations, c’est normal d’être solidaire, convient Jean-Louis Triaud, le président des Girondins de Bordeaux. Mais aujourd’hui, certains hurlent sur l’argent des footballeurs et demain, ce seront les premiers à dire que les clubs français sont nuls.» Le problème de compétitivité du foot en France est au centre des débats. «Je ne comprends pas, l’an dernier le rapport Besson exposait une série de mesures afin de nous rendre plus rentables, plus attractifs et là, on fait l’inverse», déplore Bernard Caïazzo, co-président de Saint-Etienne.

 

«Des internationaux à la rue»

 

Ce changement de direction a pourtant une explication simple: la crise. «Les bons résultats des clubs, leur bonne santé, ça ne résiste pas aux impératifs en période de crise, l’Etat prend l’argent où il peut», philosophe Jean-Louis Triaud. Une raison qui ne satisfait pas Bernard Caïazzo: «C’est une aberration. Parce qu’il y a le transfert record de Cristiano Ronaldo, on croit que le sport va bien, mais c’est faux. Les recettes du sponsoring baissent, les billetteries baissent. Cette mesure, c’est comme si vous supprimiez la prime à la casse, juste parce qu’un dirigeant de l’automobile gagne beaucoup.»

 

L’objectif de Marc Le Fur est pourtant louable: «Faire en sorte que les footballeurs redeviennnent des contribuables comme les autres». Une justification irréaliste selon nos deux présidents de clubs. «Il faut reconnaître la spécificité du sport. Les carrières s’arrêtent très tôt dans le football. A 35 ans, c’est fini, rappelle Bernard Caïazzo. Je connais un bon nombre d’anciens pros, voire des internationaux, qui sont aujourd’hui à la rue.» On a certes du mal à imaginer les recrues argentines Gonzalo Bergessio et Augusto Matias Fernandez dormir sur les trottoirs de Saint-Etienne. Mais comme le rappelle le dirigeant de l’ASSE, «on n’aurait jamais pu les faire venir avec d’autres règles fiscales.»

 

>>Et vous, pensez-vous qu’il faut que les footballeurs soient soumis aux mêmes règles fiscales au risque d’en faire fuir certains?