Jacques Delmas, un entraîneur à la relance

Alexandre Pedro

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 L'entraîneur du Stade Français, Jacques Delmas, le 6 octobre 2009 à Paris.
 L'entraîneur du Stade Français, Jacques Delmas, le 6 octobre 2009 à Paris. — S.Ortola / 20MINUTES

Il ne le dit pas, mais Jacques Delmas savoure son retour en grâce. Promis au chômage début septembre, meurtri par son éviction du Biarritz Olympique, l’ancien talonneur dirige aujourd’hui un Stade Français transfiguré et invaincu (trois victoires, un nul) depuis qu’il a succédé à un duo McKenzie-Dominici arrivé en bout de course. Entraîneur épanoui et couvert d’éloges, Delmas n’oublie pas la versatilité liée à son métier. «Rien n’est jamais acquis. J’en suis la preuve. Deux titres de champions de France ne vous mettent à l’abri de rien», relativise-t-il, fort de ses deux décennies passé à donner de sa grosse voix sur les terrains de Top 14  et de Pro D2.

Chez Jacques Delmas, il existe un avant et un après novembre 2008. Devenu seul maître à bord suite au départ de Patrice Lagisquet, il ne résiste pas à un automne meurtrier et aux mauvais résultats de son BO. Ecarté mais pas viré, le coach déchu coupe son portable et prend du recul. Et quand son licenciement est officialisé fin juillet 2009, son horizon se résume au Pole Emploi de Biarritz. «Le jour où le Stade Français prend contact avec moi, je devais me rendre à mon premier entretien», sourit-il avec le recul.

«Le pouvoir, l’entraîneur le possède par procuration»


Si le repos forcé peut avoir ses bienfaits, l’homme, lui, en doute. «Une année sabbatique quand c’est vous qui prenez l’initiative c’est bénéfique, beaucoup moins quand vous la subissez». Peur d’être largué, Delmas avoue «s’être gavé de rugby du matin au soir». De cette profusion d’articles, de ces centaines de matchs visionnés, il avance pourtant «ne pas en avoir tiré grand-chose». Il faut dire que ce Narbonnais de cœur aborde son métier de façon plus empirique que théorique. Loin des grandes et belles théories à la Villepreux, Delmas parle d’abord de ses «joueurs» quand on lui demande quelles sont ses convictions de jeu. A le suivre, tout entraîneur vit et meurt par son groupe: «Le pouvoir, l’entraîneur le possède par procuration. Les joueurs peuvent lui reprendre à tout moment.»

Arrivé au chevet d’une équipe morose où on entendait les mouches voler pendant les entraînements, Delmas (aidé par son bras droit Didier Faugeron) a très vite mis en pratique cette pensée. «L’une des choses les plus importantes pour un entraîneur, c’est d’abord de se faire adopter par ses joueurs», prévient-il. A observer les entraînements des Parisiens,  l’adoption suit plutôt bien son cours. Malgré les liens qui se tissent, Delmas cherche à garder une certaine distance avec ses hommes. La fin en queue-de-poisson de son histoire d’amour biarrote n’est pas étrangère à ce blindage. «A un moment donné, quand on tombe dans l’affectif, on risque de se prendre le retour de boomerang dans la gueule». Pour le moment, Jacques Delmas n’a rien à craindre de côté là.

 Coupe d’Europe

Le Stade Français débute sa campagne 2008/2009 en H Cup contre les Ecossais d’Edimbourg, samedi à 14h35 à Jean-Bouin. Bath et Ulster sont les deux autres équipes qui composent ce groupe 4.