Portsmouth, chronique d'un naufrage

FOOTBALL D'anciens pensionnaires de L1 ont cru au rêve anglais...

Matthieu Payen

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 Younes Kaboul taclé par Mathieu Flamini lors d'un match de Coupe de l'UEFA, le 27 novembre 2008
 Younes Kaboul taclé par Mathieu Flamini lors d'un match de Coupe de l'UEFA, le 27 novembre 2008 — T.Melville/REUTERS

Portsmouth – Pompey pour les intimes – devait être leur porte d’entrée dans le plus prestigieux – et le plus riche – championnat d’Europe. Mais voilà, tout ne s’est pas exactement passé comme ils le souhaitaient. «Ils», c’est un impressionnant contingent de joueurs ayant évolué en France. Nadir Belhadj, passé par Sedan, Lyon et Lens, les anciens Lensois Pape Bouba Diop et Aruna Dindane, Frédéric Piquionne,… Au total, huit joueurs ont été formés ou ont joué dans des clubs français.

 

L’expérience prend pour eux un tour dramatique. Après huit journées de championnat, Portsmouth a déjà enregistré sept défaites et occupe une inconfortable dernière place au championnat. On est loin, très loin de la «French connection» qui a fait et fait toujours les beaux jours d’Arsenal (Henry, Pirès, Vieira, Sagna, Clichy, Nasri,…), ou ceux de Chelsea (Essien, Drogba, Malouda, Anelka). La situation est telle pour Pompey que même Jerko Leko, chauffeur de banc officiel à Monaco, a fait part de sa satisfaction lorsqu’il a appris que son transfert dans le club du Sud de l’Angleterre était annulé pour n’avoir pas obtenu de permis de travail. «J’avais des offres d’Angleterre et d’Allemagne cet été, a confié le Croate au quotidien The Daily Mail. Je ne regrette pas que le transfert vers Portsmouth n’ait pas eu lieu. Ils sont dans une mauvaise situation.»

 

Valse des présidents

 

La raison d’un tel Waterloo n’est pourtant pas seulement à mettre sur le compte de quelques joueurs qui ont cru toucher le graal en traversant la Manche. L’instabilité à la tête de Portsmouth cause de graves dégâts. Alors que Roman Abramovitch et Malcom Glazer s’enthousiasment pour les exploits de leurs équipes – respectivement Chelsea et Manchester United –, Pompey n’arrive pas à contenter les multimilliardaires. En six semaines, le club a épuisé deux investisseurs. Alexandre Gaydamak, fils d’Arcadi le richissime et sulfureux homme d’affaires franco-israélien, s’est retiré cet été en laissant un club criblé de dettes. Puis est venu Suleiman al Fahim, milliardaire venu de Dubai et bienfaiteur de Manchester City. Mais alors que ce dernier déboursait sans compter en faveur des Citizens, il n’a jamais versé les 55 millions d’euros promis à Portsmouth pour rééquilibrer les comptes.

C’est désormais au tour d’Ali al Faraj de prendre la tête de Portsmouth avec l’appui d’un consortium saoudien. Il a déjà pu compter sur le retour d'Avram Grant, qui fut directeur technique du côté de Fratton Park en 2006 avant de rejoindre Chelsea. Mais al Faraj devra répondre à un problème plus urgent encore: payer les salaires en retard des joueurs.

 

En attendant que le nouveau président mette la main à la poche pour renforcer l’effectif, Pompey va devoir serrer les rangs. Le but d’Hassan Yebda sur le terrain du promu Wolverhampton a offert au club sa première victoire de la saison. Conscient de la situation, l’ancien milieu manceau a dédié ce but aux supporters. «Les meilleurs, affirme-t-il sur le site internet du club. Toujours là qu’on perde ou qu’on gagne.» Encore heureux.