Dopage: Lance Armstrong et Alberto Contador ont-ils été protégés lors du Tour 2009?

DOPAGE Mise en cause par le rapport de l'AFLD, l'UCI a vivement réagi lundi soir...

M. Go.

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 Alberto Contador et Lance Armstrong, à Monaco, le 2 juillet 2009.
 Alberto Contador et Lance Armstrong, à Monaco, le 2 juillet 2009. — REUTERS/Eric Gaillard

Apparemment, le Tour de France va mieux. Aucun coureur n’a été exclu à cause de dopage en 2009. Apparemment... Car si l'on en croit l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD), le déroulement des contrôles aurait connu de sérieux dysfonctionnement au mois de juillet. «De nombreux contrôles n’ont pas respectés les règlements internationaux, a expliqué à 20minutes.fr, Pierre Bordry, le président de l’AFLD. Les contrôleurs ont parfois dû attendre plus d’une heure avant que les coureurs ne se présentent, les escortes (des individus chargées de surveiller le bon déroulement du contrôle, ndlr) ont été chassées et on a même remarqué des échantillons conservés en plein soleil.» Indignée par ces manquements, l’AFLD a d’ailleurs rédigé un rapport en ce sens qu’elle doit adresser à l’Union Cycliste Internationale (UCI), à l’Agence mondiale antidopage (AMA) et à Roselyne Bachelot, ministre de la Santé et des Sports, ainsi qu’à Rama Yade, secrétaire d’Etat aux Sports et aux organisateurs du Tour qui n’ont pas encore réagi.

Des directeurs sportifs prévenus

L’affaire est grave. Car ce document de dix pages, qui se base sur les témoignages des médecins de l’AFLD, chargés de travailler sous les ordres de l’UCI, est accablant pour une équipe en particulier: Astana, la formation de la star Lance Armstrong et du vainqueur Alberto Contador. Retards aux contrôles, secret des contrôles éventé, localisation avant l'épreuve non respectée, la formation kazakhe aurait bénéficié d’un traitement de faveur sur le Tour. Une information confirmée par Pierre Bordry. «Je ne parle pas de coureurs en particulier mais ça se passait toujours avec les mêmes équipes. Notamment Astana.» Le 11 juillet, des membres de l’AFLD auraient ainsi été chassés de l’hôtel des Astana alors que les contrôleurs de l’UCI poireautaient en attendant les coureurs. Plus généralement, pendant les étapes, certains directeurs sportifs auraient été mis au courant de la liste des coureurs contrôlés 30 minutes avant la ligne d’arrivée. «Si vous savez que vous allez être contrôlé, il est tout a fait possible de perturber le contrôle en ingérant des produits ou en se faisant poser une perfusion», explique Gérard Dine, Hématologue spécialiste du dopage. Plus grave, tous les contrôles réalisés entre deux étapes ont été classés «hors compétition» par la Fédération internationale. Une erreur incroyable qui pourrait avoir de lourdes conséquences puisque la liste des produits interdits «En compétition» est beaucoup plus importante que ceux interdits «hors compétition».

L’UCI  mise  en cause...

Au centre de ces révélations, une interrogation: l’UCI a-t-elle fait preuve d’amateurisme ou protège-t-elle certains coureurs? Une seule chose est sûre: la Fédération internationale (qui affirme avoir diligenté entre 500 et 600 contrôles sur ce Tour) n’a pas toujours rassuré les acteurs de la lutte contre le dopage. Notamment à cause de ses rapports ambigus avec Lance Armstrong. En 1999, le Texan avait été contrôlé positif aux corticoïdes sur le Tour et l’UCI avait accepté un certificat médical rédigé a posteriori par Luis Del Moral, le médecin de l’US Postal. Une information révélée par Pierre Ballester dans son livre LA Confidential.

L’année dernière, les organisateurs du Tour, brouillés avaient frappé un grand coup en plaçant leur épreuve phare sous l’égide de la Fédération française de cyclisme (FFC) et en confiant tous les contrôles à l’AFLD. La mise en place de contrôles inopinés avait été saluée et avait fait tomber des têtes d’affiche comme Roberto Ricco, Bernhard Kohl et Stefan Schumacher. En 2009, ASO, réconcilié avec Pat Mc Quaid, le président de l’UCI, avait décidé de faire à nouveau confiance à l’UCI. «Tout ça me désole. Il est plus que temps de mettre un coup d’arrêt au dopage. Surtout quand je vois les douaniers trouver des dizaines de seringues sur le Tour de l’Avenir», conclut Pierre Bordry.

Et très fâchée

Mise en cause, la Fédération internationale a vivement réagi, dans un communiqué publié lundi dans la soirée, aux propos du président de l'AFLD. L'UCI estime ainsi «totalement infondées» les «accusations portées par l'AFLD contre les officiels dépêchés sur la course française» et évoque la possibilité de travailler «avec un partenaire neutre pour les contrôles antidopage sur sol français». Elle considère «tout à fait inacceptable la façon de procéder adoptée par M. Pierre Bordry (président de l'AFLD) et ses collaborateurs», en rédigeant et publiant «un rapport unilatéral, alors que l'UCI et l'AFLD avaient convenu ensemble d'un programme de contrôles pour le Tour».

L'UCI assure respecter «de manière scrupuleuse les obligations imposées par le Code mondial antidopage: l'égalité de traitement entre équipes et coureurs est strictement garantie, les conditions des contrôles sont tout à fait conformes aux standards en vigueur et les règles de conservation des échantillons rigoureusement observées.»

Un partenariat remis en cause

«L'AFLD ne prête attention qu'à ce qu'elle considère comme des dysfonctionnements pratiques des autres parties, pour faire croire ensuite qu'elles ont globalement mal travaillé», s'insurge la Fédération internationale qui souligne «l'énorme volume de travail réalisé» pour un programme qui est «le plus complet et le plus sophistiqué réalisé sur un événement sportif hors jeux Olympiques». La Fédération internationale regrette enfin «que le bon partenariat opérationnel mis en place lors du Tour de France 2009 ait été miné par la recherche de visibilité médiatique de M. Bordry, lequel semble aussi vouloir saboter les efforts effectués par l'UCI et ses partenaires ces dernières années dans le domaine de la lutte contre le dopage».