Création d'une police anti-hooligan: les Ultras en ont marre d'être pris pour des voyous

Matthieu Goar

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Les supporters Marine et Blanc croient leur club capable de remporter un nouveau titre.
Les supporters Marine et Blanc croient leur club capable de remporter un nouveau titre. — P. SAURA / 20 MINUTES

Pour lutter contre la violence dans les stades, les autorités ont définitivement choisi la voie de la fermeté. Mercredi, au lendemain, de la mort de Brice Taton, un supporter toulousain agressé lors d’un match de son équipe en Serbie, le ministre de l’Intérieur a convoqué les préfets pour annoncer la création d’un nouveau service de police spécialisé dans la lutte contre les hooligans. Une mission: repérer les individus les plus violents et mieux coordonner les forces de police chargées de sécuriser les alentours des strades (6.000 hommes).


Une attitude de plus en plus répressive que ne comprennent pas toujours les groupes de supporters. Notamment les Ultras, les supporters les plus fidèles qui peuplent les virages et qui ont de plus en plus l’impression d’être tous pris pour des hooligans dont le seul but est la violence. «Encore une fois, ces mesures vont contribuer à mettre tous les supporters dans le même sac, confirme Christian Cataldo, président des Dodgers, un groupe de supporters de l’OM. C’est bien de vouloir éradiquer la violence dans les stades mais la majorité pâtit des mesures prises pour lutter contre une minorité.»



Ne pas se tromper de cible


Depuis la très médiatique affaire de la banderole anti-Ch’tis en finale de la Coupe de la Ligue en 2008, les interdictions de stade se multiplient et les groupes de supporters ont la nette impression que l’on tape dans le tas pour faire du chiffre. «Les autorités confondent animations des tribunes et violences. Quand je vois le nombre de personnes interdites de stades pour trois mois à cause de quelques fumigènes. Et bientôt, ça sera un an…», peste Elise, supporter girondine. Pour montrer leur colère, les groupes de supporters avaient manifesté à plusieurs reprises la saison dernière, en déployant dans les tribunes des banderoles. «Liberté pour les Ultras». «En plus, souvent, ils repèrent les fautifs avec des caméras et condamnent la mauvaise personne», surenchérit Federico Maenza, président des Dogues lillois. Selon Lefigaro.fr, 623 interpellations ont eu lieu en marge de la saison 2008/2009 de football. Un chiffre en augmentation de 22% par rapport à la saison précédente.  Lundi, un supporter montpelliérain a été condamné à huit mois de prison, dont deux ferme, et à cinq ans d'interdiction de stade (IDS) pour avoir jeté un engin explosif lors du match Nice-Montpellier.

 


Difficile de savoir si cette politique répressive, mal comprise par les Ultras est efficace contre les vraies fauteurs de troubles. «Personnellement j’ai l’impression que le phénomène hooligans est en nette diminution depuis le début des années 90, explique Federico Maenza. Au cours d’une saison, il n’ y a plus qu’un match ou deux où c’est un peu chaud.»   Quelques incidents ont à nouveau émaillé les week-ends de championnat cette saison. Matchs interrompus à Nice et à Grenoble à cause d’engins explosifs (bombes agricoles, fumi, etc), à Montpellier, un supporter parisien a été victime d'un jet de bouteilles et a perdu l'usage d'un œil… «A Valenciennes, on a été chauffés par des Valenciennois à l’extérieur du stade. En fait j’ai surtout l’impression que les forces de police présentes autour des stades vont repousser les violences loin des enceintes», analyse Caltado. Lors de la cinquième journée, un car de supporters marseillais a été attaqué par un commando d'une quinzaine d'individus sur une aire de repos près de Paris.