Arbitres amateurs, mais pas maso

FOOTBALL Ils n’ont pas le même maillot, mais ils ont...

Matthieu Payen

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 Richard Dauvergne (à gauche) de l'US Créteil-Lusitanos et Vincent Goncalves (à droite) de l'AFC Compiègne
 Richard Dauvergne (à gauche) de l'US Créteil-Lusitanos et Vincent Goncalves (à droite) de l'AFC Compiègne — D.R.

«La passion du foot». La réponse est claire et à l’unisson, quand on demande à Richard Dauvergne, 35 ans, et Vincent Goncalves, 23 ans, pourquoi ils officient chaque weekend sur les terrains amateurs, et pourquoi ils le feront encore ce week-end, lors des journées de l’arbitrage. Cette passion, Richard Dauvergne, arbitre licencié à l’US Créteil-Lusitanos, l’a d’abord assouvi en tant que joueur: «Jusqu’en Division d’honneur, ensuite je n’avais plus le niveau. Mais je ne voulais pas quitter le monde du foot.» Pour Vincent Goncalves, sociétaire de l’AFC Compiègne et étudiant-infirmier, la vocation est venue plus tôt: «A 16 ans. Avant, je jouais au foot, mais je voulais approfondir les règles du jeu.»

 

Solitude

 

Des règles qu’il a fallu ingurgiter pour passer les diplômes. «Trois mois de formation, puis des tests théoriques et pratiques», détaille Richard Dauvergne. Très classique. En revanche, les débuts sur le terrain ne sont pas vécus de la même manière. «Au départ, les jeunes arbitres sont accompagnés par des anciens pendant vingt-cinq matchs, puis ils sont contrôlés trois fois par an», assure Vincent Goncalves. Un tutorat mis en place par certains districts, mais pas obligatoire, comme en témoigne son collègue: «On est assez seul. Quand on commence, c’est très dur. Il faut vraiment que ce soit une vocation.»

 

Cette solitude se ressent aussi sur le terrain. «En amateur, il n’y a pas toujours trois arbitres officiels, affirme Vincent Goncalves. Alors, on prend comme assistants des personnes issues du club local. Et parfois, ils sont trop favorables à leur équipe. Il m’est arrivé de contredire leur décision quand la triche était évidente.» Pourtant, malgré ces tensions, nos deux sifflets assurent qu’ils n’ont jamais été victimes d’agressions – Jean-Pierre Escalettes évoquait en 2008 300 actes de violence par an contre les hommes en noir. «Une fois, un joueur a jeté des gravillons sur ma voiture, évoque simplement l’arbitre de Compiègne. Il a été suspendu plusieurs matchs et a payé une amende.»

 

«Le plus heureux des arbitres»

 

Sur le terrain, les arbitres évitent aussi la paranoïa. «Le plus dur à gérer, c’est personnes en tribunes parce qu’on ne les maîtrise pas, affirme Richard Dauvergne. Les joueurs, on les connaît et quand ils sentent que le match est bien en main, il n’y a pas de problème.» Point de vue partagé par Vincent Goncalves: «Bien sûr qu’il y a de la contestation, mais c’est normal, les équipes veulent gagner. Personnellement, ça ne me gêne pas et, la plupart du temps, ça me passe au-dessus.»

 

Rassurant donc. Les arbitres ne se font pas cracher dessus chaque samedi. Mieux encore, ce ne sont pas de simples justiciers. «Généralement, je laisse beaucoup l’avantage et je sévis progressivement, explique Vincent Goncalves. Une seule fois, il m’est arrivé de mettre un carton rouge au bout de dix minutes, mais le joueur taclé a fini à l’hôpital.» Richard Dauvergne assure que lui non plus n’est pas un maniaque du sifflet: «Si je pouvais arbitrer tous mes matchs sans carton, je serais le plus heureux des arbitres.»