Renaud Lavillenie: «A Berlin, j'ai compris ce qu'était un championnat»

Propos recueillis par Alexandra Patard

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Le perchiste français Renaud Lavillenie pendant la finale du concours de saut à la perche, lors du Mondial de Berlin, le 22 août 2009.
Le perchiste français Renaud Lavillenie pendant la finale du concours de saut à la perche, lors du Mondial de Berlin, le 22 août 2009. — Phil Noble / Reuters

A 22 ans, Renaud Lavillenie incarne la jeune garde de l’athlétisme français. Troisième derrière Romain Mesnil à Berlin, le natif de Barbezieux-St-Hilaire est devenu cette saison le meilleur performer tricolore. Au championnat d’Europe de Leiria (Portugal), le 21 juin dernier, le jeune perchiste a sauté à 6.01m, devenant le deuxième Français à franchir la barre des 6 mètres après Jean Galfione en 1999 (6 m). Rencontre.

Dans quel état d’esprit abordez-vous cette compétition?


Pour moi, c’est une première. J’avais regardé le décanation à la télévision l’année dernière. Je ne connais pas l’ambiance ici. Je vais tenter d’apporter mon petit grain de sel et faire monter les barres le plus haut pour voir ce que va faire Romain. 

Quel est le principal avantage d’une compétition qui se joue par équipes ?


Ça aide à la cohésion. C’est comme lors de la Coupe d’Europe, on est tous ensemble. On partage des moments extraordinaires. On se pousse à aller plus loin. D’habitude, on travaille 90% de notre temps en individuel. Du coup, on n’a pas les mêmes pressions. 

Quel est votre objectif, sachant que vous évoluez hors compétition?

La saison a été très longue et je suis un peu fatigué. Pour moi, l’objectif de la saison, c’était Berlin. Là, ça va être de finir dans le haut du tableau avec Romain et sauter plus que haut qu’aux Mondiaux. Et puis c’est important de bien vendre l’athlétisme et motiver les jeunes à pratiquer ce sport. Je n’avais pas envisagé de m’arrêter après Berlin. Je reste sur le même rythme. J’ai le goût de la compétition qui reprend toujours le dessus.

Est-ce que c’est facile de concourir contre un autre athlète français?


Quand on arrive dans une compétition, un adversaire reste un adversaire. Qu’il soit Français, Belge ou Allemand, c’est pareil. Après, à force d’être deux à sauter, on peut faire quelque chose de grand. Quand on est à deux au très haut niveau, ça nous aide et on a les résultats en retour.

Romain Mesnil représente un peu votre mentor. Est-ce que vous allez lui demander des conseils de temps en temps?

J’essaye de me forger moi-même. Chaque personne est différente avec des envies et des besoins. Si je dois demander quelque chose, j’irai voir Romain, mais ce seront des conseils d’ordre général. Pour la poussée et la technique, c’est au niveau personnel. 

Vous n’avez participé à aucune compétition depuis les Mondiaux de Berlin. Qu’avez-vous fait pendant cette coupure?

J’ai un peu couru et j’ai sauté. De la détente et de l’entraînement surtout. J’ai joué sur le côté ludique pour prendre du plaisir et relancer la machine. On s’est beaucoup dépensé physiquement et mentalement aux Mondiaux. Psychologiquement, une certaine fatigue s’est installée avec l’enchaînement des compétitions qui s’est créé et que je ne connaissais pas.

Quel bilan faites-vous de votre premier Mondial?

Au début, j’étais un peu déçu. Et puis après, lorsque j’ai eu la médaille (de bronze) autour du coup, le sourire est revenu.  Ce sont des moments rares dans une carrière. Là-bas, j’ai compris ce qu’était un championnat. Avant, je regardais les Mondiaux à la télévision, on m’en a parlé. Mais le vivre, c’est différent. On a beau être fort toute la saison en meeting, ça reste une compétition à part. Quelque chose de grandiose. Maintenant, je sais comment me préparer.