Itinéraire d'un marathonien pas gâté

François Launay

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A Berlin, au 27e kilomètre, Dieudonné Disi avait du abandonner à cause de son genou.
A Berlin, au 27e kilomètre, Dieudonné Disi avait du abandonner à cause de son genou. — HANNIBAL / EPA / SIPA

Vingt-septième kilomètre du marathon des championnats du monde d'athlétisme de Berlin. Pour Dieudonné Disi, la douleur au genou est trop forte. Echappé en tête avec quatre autres athlètes, le Rwandais doit dire stop et laisser filer ses rêves de médaille mondiale : « Je voulais faire un podium pour changer mon histoire », avoue quelques jours plus tard l'athlète revenu se ressourcer chez son entraîneur à Teteghem, dans la banlieue dunkerquoise.

Il faut dire qu'à 29 ans, Dieudonné n'a pas été épargné par le destin. Elévé dans une famille rwandaise aisée, le marathonien voit sa vie basculer un soir d'avril 1994 en plein génocide entre Hutus et Tutsis. « Mon père nous avait réunis pour prier parce qu'il savait qu'on allait mourir. Pour échapper à ça, je suis allé me cacher dans le jardin et j'ai vu mes voisins hutus décapiter ma mère et emmener mon père et mes frères et soeurs pour les tuer », se souvient l'athlète. Orphelin traqué, le Rwandais se cache et rejoint alors le Burundi voisin. Enrôlé dans le Front patriotique rwandais qui finira par gagner la guerre, il reste trois ans dans l'armée.

Mais Dieudonné a des rêves d'ailleurs : « Je voulais faire des études mais le seul moyen pour sortir de l'armée était d'être un athlète de haut niveau, alors j'ai menti sur mes capacités », sourit ce grand timide dans un français hésitant. Et malgré une jambe plus courte que l'autre, le mensonge marche au-delà de ses espérances. Car Dieudonné Disi enchaîne les performances au point d'être sélectionné sur 10 000 m aux Jeux olympiques d'Athènes en 2004. Mais pour vivre, il doit continuer à courir dans le monde entier à la chasse aux primes, son gagne-pain. Dans son périple, l'athlète fait alors la rencontre qui va changer sa vie. Venu se préparer pour une course à Mende en 2006, Dieudonné fait la connaissance de Philippe Plancke, un entraîneur dunkerquois : « Le courant est passé très vite entre nous. Dieudonné m'a demandé d'être son coach mais aujourd'hui, c'est plus que ça : je suis un peu son père de substitution et c'est le grand frère africain de mes enfants », résume Philippe Plancke. Muni d'un titre de séjour depuis avril dernier, Dieudonné peut désormais multiplier les allers retours Kigali-Teteghem. Un atout de plus pour réussir l'objectif de sa vie : une médaille en 2012 aux JO de Londres, à deux pas de sa deuxième famille. W