Ramadan et sports de haut niveau: les champions s'adaptent

M. Go.

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Ladji Doucouré a mis un terme à sa saison hivernale car il souffre d'un manque de sensations au niveau du pied consécutif à son inflammation du genou gauche qui l'empêche encore de courir pendant 15 jours, a-t-on appris mercredi dans son entourage.
Ladji Doucouré a mis un terme à sa saison hivernale car il souffre d'un manque de sensations au niveau du pied consécutif à son inflammation du genou gauche qui l'empêche encore de courir pendant 15 jours, a-t-on appris mercredi dans son entourage. — Eric Lalmand AFP/Archives

Peut-on pratiquer un sport de haut niveau en jeûnant? A question simple, réponse simple. «Le ramadan est parfaitement incompatible avec le sport, tranche le docteur Marcel Hoa, médecin et biologiste du sport. Pas hydraté, ni nourri, le corps à 40 minutes de réserve avant de se mettre dans un 'état de détresse’». Conséquences: hypoglycémie, évanouissement, vertiges… «Sans atteindre ces extrêmes, on a tout simplement pas l’énergie pour être au niveau des autres», explique le médecin.


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Du coup, certains sportifs de haut niveau feintent. «Cette année, Ladji est au repos. Donc, on ne se pose pas la question, explique Renaud Longuèvre, entraîneur de Ladji Doucouré, spécialiste du 110 m haies et blessé. Mais les autres années, on adapte l’entraînement. Hors de question de lui imposer des efforts violents en anaérobie (lors d'un effort violent, un muscle peut fonctionner de courts instants sans oxygène, ndlr). Pendant ce mois-là, on mise donc sur la qualité en travaillant la technique, le geste.» Etonnament, le duo Longuèvre-Doucouré ne change pas ses horaires d’entraînement pour profiter des moments où l’athlète peut s’hydrater et manger. La nuit par exemple. «Non, on ne change rien. Pendant cette période, Ladji a tendance à trouver le temps long dans la journée alors les sessions de travail l’occupent.»
 
 
Le problème de la compétition


Une méthode adaptée aux périodes d’entraînement mais incompatible avec la compétition. Fort heureusement pour les sportifs musulmans, la plupart des grandes compétitions internationales ne se déroulent pas en septembre. Une chance que n’ont pas les footballeurs qui jouent tous les samedis. «C'est difficilement compatible avec la pratique d'un sport  de haut niveau. C'est pour ça que, dans ces périodes, il y a des blessures qui apparaissent chez les joueurs qui pratiquent le ramadan», a déclaré jeudi l’entraîneur de l’OM, Didier Deschamps, qui a choisi de ne rien imposer à ses joueurs. «On aura une réunion avec le staff médical pour connaître l'attitude de nos joueurs et on adaptera par rapport à leur décision.» Solution plus radicale au PSG. «Pendant la semaine, il n'y a pas de souci, j'accepte, a expliqué l'entraîneur parisien Antoine Kombouaré. Mais les jours de match: interdit. Ceux qui font le ramadan le jour du match restent chez eux


En septembre 2008, obligée de jouer en match officiel, la sélection française de Futsal, dont plusieurs membres pratiquent le ramadan, a rencontré ce souci. «Nous avons demandé à Mohamed Belkacemi (Conseiller Technique National) de s’occuper de ça car il connaît bien le sujet. Il a expliqué aux joueurs que le Coran autorise certaines catégories de personnes à reporter le Ramadan», résume Henri Emile, ancien intendant des bleus et chargé du département football diversifié de la Fédération française de football. Selon les Imams, toutes les personnes qu’un jeûne prolongé mettrait en danger (les vieillards, les malades, les femmes enceintes, etc) sont exemptés ou peuvent reporter le ramadan. Les sportifs de haut niveau peuvent être assimilés à ces catégories. Du coup la FFF qui réfléchit à ça a encore auditionné Mohamed Belkacemi la semaine dernière pour communiquer avec les clubs sur le sujet. «J’ai toujours vu mon entraîneur dire à ses boxeurs de reporter le ramadan. La boxe est beaucoup trop dangereuse pour être pratiquée en jeûnant», explique Mahyar Monshipour, qui ne pratique pas. «Sauf quand il fallait faire le poids avant un combat», sourit le petit boxeur. Comme quoi parfois c’est aussi le sport qui impose le jeûne.

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