Solitaire du Figaro: l'une des éditions les plus étonnantes

Alexandra Patard

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 Thierry Chabagny à l'entraînement.
 Thierry Chabagny à l'entraînement. — DR

«Ça risque de semer la zizanie dans le bazar, ça va être drôle…», avait prévenu Michel Desjoyeaux à la vacation mercredi matin, peu avant la dernière ligne droite avant l’arrivée. Pour sa 40e édition, la Solitaire du Figaro a tenu toutes ses promesses.

Un finish haletant

La dernière étape s’est jouée sur le fil. Mercredi midi, deux heures avant l’arrivée à Dieppe, vingt skippers se tenaient groupés à différents points du plan d’eau. Tous naviguaient à vue, avec la tension de ne pas aller au contact avec son voisin. «Du jamais vu sur la Solitaire du Figaro », s’enthousiasmait alors Jacques Caraës, le directeur de course. Depuis le petit matin, les marins ont attaqué tour à tour, comme Armel Le Cléac’h et Gildas Mahé qui ont décidé de barrer au sud-ouest du groupe des leaders. Peu après 14h, Antoine Koch (Sopra Group) franchit la ligne d’arrivée à Dieppe, après 3 jours 58 minutes et 46 secondes de course. Nicolas Troussel (à 2 minutes et 18 secondes) et Thomas Rouxel (à 2 minutes et 44 secondes) ont talonné le skipper jusqu'au bout. Vainqueur du général, Nicolas Lunven est arrivé quatrième. «A 20 milles de l'arrivée, nous sommes tombés dans une molle (une zone sans vent). J'ai réussi à m'en sortir pas trop mal. Quand j'ai été à 10, 15 milles de l'arrivée, je me suis dit que là ça devenait bon».

Une régate à quitte ou double

Après deux étapes courues sans grandes difficultés, les choses sérieuses ont commencé dès la troisième étape, entre St Gilles Croix de Vie et Dingle (Irlande). Une arrivée «extraordinaire» pour Adrien Hardy, qui vit cette année sa deuxième Solitaire. «Quarante bateaux étaient regroupés en arc de cercle dans la baie. Il faisait nuit et il y avait du brouillard. J’aurais pu finir premier comme avant-dernier dans ces conditions». Tout le monde était alors à égalité. «A dix milles de l’arrivée, le vent est tombé complètement, provoquant un regroupement général de la flotte», explique notre blogueur Thierry Chabagny, qui termine deuxième à Dingle. «C’est difficile à vivre pour un skipper. Tu bosses comme un malade pendant quatre jours pour faire ton classement et tout est remis en cause à 10 milles de l’arrivée». «C’était une régate d’une heure et demie», poursuit Adrien Hardy. «Il fallait être rapide et opportuniste en fonction des zones de vent autour de soi». Les skippers se rappelleront longtemps de cette arrivée dans le port irlandais.

Nicolas Lunven: un vainqueur logique


L’édition 2009 de la Solitaire devait être la sienne. Deuxième de la première étape entre Lorient et la Corogne, Nicolas Lunven montrait déjà les crocs. A St Gilles Croix de Vie, le Vannetais réédite l’exploit et termine sur la troisième marche. Pour le départ de la troisième étape direction Dingle, c’est lui qui prend les commandes du classement général. Sa quatrième place derrière le trio de tête à Dieppe lui assure la couronne. Une domination sans partage et une victoire logique, au final, pour sa troisième participation à la Solitaire du Figaro. Fin stratège, le skipper de 26 ans a mis en évidence tout son sens tactique pour partir dans les bons coups. Pourtant, la victoire n’était pas acquise tant la course était ouverte cette année, avec une dizaine de vainqueurs potentiels sur les 52 skippers engagés. Et notamment cinq anciens vainqueurs et cinq engagés du dernier Vendée Globe, dont Yann Eliès et Frédéric Duthil qui complètent le podium provisoire.