Amaury Leveaux: «Je voulais partir et voir ma famille»

NATATION 3e sur 50m, le Français relativise sa performance après une semaine très agitée...

Propos recueillis par Romain Scotto

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Le nageur français Amaury Leveaux, lors des championnats du monde de natation de Rome, le 1er août 2009.
Le nageur français Amaury Leveaux, lors des championnats du monde de natation de Rome, le 1er août 2009. — X.Marit/AFP
De notre envoyé spécial à Rome,

Les pleurs du podium sont séchés mais les yeux sont toujours rougis. Amaury Leveaux, médaillé de bronze sur 50m nage libre, samedi, termine une semaine chaotique, marquée par la mort de son père. Un séjour à Rome qui changera, quoi qu'il arrive, le cours de sa vie.

Dans quel état vous êtes vous présenté à cette finale?



Depuis le relais, j’ai du nager 2000m…3000m en quatre jours. Les séries, je les ai faites en m’amusant, sans chercher à aller vite. Après, la demie, j’ai forcé. En finale, pareil. J’améliore mon meilleur chrono, c’est super. Après, les conditions dans lesquelles je le fais... Vivement que j’ai la tête libre pour vivre de nouveau une compète comme ça.



Cette semaine vous a surtout fait réfléchir?



Je me suis rendu compte qu’il y a plus important que ce qu’on fait. On est tout le temps à partir en avion, à voir personne. Maintenant, ma vie ne va pas tourner qu’autour de la natation. Si j’ai envie d’aller nager, j’y vais, si je n’ai pas envie, je n’y vais pas.



Vous comptez faire un break?



Je vais reprendre quand j’en aurai envie. On n’en a pas encore parlé. Quand j’en ressentirai l’envie, j’irai dans l’eau. Après les Jeux, je n’ai pas pris assez de vacances et ça s’est ressenti.



Quel est votre prochain objectif?



Là? Les vacances. Ça fait longtemps que j’en ai envie. Donc là, je vais en prendre. Avant, je me fixais toujours des objectifs, mais maintenant, je vais prendre les compètes comme elles viennent et faire de mon mieux. Avec le contexte qu’il y a eu cette semaine, j’arrive à sortir une médaille. S’il n’y a rien pour me perturber, je peux aller encore plus vite.



Vous dites que vous relativiser maintenant. Avez-vous des regrets?



Quelque-uns… C’est personnel. Ma famille, je ne l’ai pas vue depuis je ne sais pas combien de temps. L’année des Jeux, je les voyais souvent. Et puis là, je ne les ai pas mis de côté, mais ça s’est fait sans le vouloir. Je ne voyais pas grand monde et les résultats, c’était un peu quitte ou double.



Vous n’aviez pas réalisé que la vie pouvait être dure parfois?



Je me suis pris un gros coup. Je pensais haïr mon père et en fait, je l’aimais. Depuis 2003, je ne l’avais pas vu. Je voulais y aller après les championnats du monde. Il m’avait envoyé un mail avec ma mère. Avant que j’arrive ici, on regardait les photos de famille avec ma copine. Ça fait bizarre, c’est tout. Il me manque déjà.



Vous avez trouvé du réconfort auprès des membres de l’équipe de France?



Oui… Ils étaient là auprès de moi. Surtout Fabien Gilot. Il y avait aussi Christian (Donzé), le DTN, Lionel (son entraîneur). Fred à l’arrivée m’a dit, "c’est bien t’as eu du courage". Voilà, ç’aurait été quelqu’un d’autre, on aurait fait pareil. Ça ne change pas. Là c’est moi, pas de bol.

Si cela n'avait tenu qu'à vous, vous seriez parti?

Oui, je voulais partir et rentrer voir ma famille. Je suis resté et finalement je rentre avec une médaille, elle est pour eux, pour tout le monde. Si j'ai pensé à quitter Rome, c'est parce que j’avais le moral à plat.