De la piscine de l'hôtel au bassin des Mondiaux

NATATION Pascal Zoundi, nageur du Burkina Faso, nettoie chaque jour la piscine d'un hôtel de Ouagadougou...

Romain Scotto

— 

Le nageur burkinabé, Pascal Zoundi, lors des championnats du monde de natation de Rome, le 28 juillet 2009.
Le nageur burkinabé, Pascal Zoundi, lors des championnats du monde de natation de Rome, le 28 juillet 2009. — R.Scotto/20minutes.fr
De notre envoyé spécial à Rome,

Pendant que certains se battent pour obtenir une Jaked, d’autres se contentent largement d’un shorty Speedo. Pour la première fois de sa vie, Pascal Zoundi a nagé avec autre chose qu’un slip de bain, aux Mondiaux de Rome. Et cela suffit à le combler. «On me l’a donné et c’est vraiment très bien. J’ai demandé la Jaked, mais je ne l’ai pas eue. Tant pis. Comme c’est cadeau, j’ai au moins demandé.» Fait rare cette semaine à Rome, le nageur du Burkina Faso, 148e et dernier des séries du 50m brasse, ne met pas sa contre-performance sur le dos des combis.

Le problème est tout autre. Avant de débarquer en Italie, il n'a jamais travaillé cette nage. «Je me suis préparé au 50m nage libre. Mais on m'a dit que je ne pouvais pas m’aligner parce que je n’avais pas le niveau, déplore le nageur de 37 ans. Je n’étais pas content. On m’a inscrit en brasse. Mais je n’aime pas du tout ça. Je ne pouvais pas abandonner. Il faut représenter le pays.» A l’arrivée, le temps s’en ressent. «38 secondes, c’est mon record.» Quatre de plus en réalité, pour celui dont l'histoire rappelle celle d'un certain Eric Moussambani, le nageur qui a manqué de se noyer aux Jeux de Sydney.

Double champion du Burkina

Malgré la déception, le Burkinabé prend son premier Mondial très au sérieux. Pas question pour lui de visiter la capitale italienne tant qu’il n’en a pas fini de ses compétitions. «Je crois que je vais nager le 200m (jeudi), après j’aurai le temps de visiter». Et pourquoi pas revenir un jour en Italie? Le Burkinabé rêve depuis longtemps de quitter son pays, non pas pour nager, mais «pour travailler et changer de vie, avec (sa) femme et (ses) deux enfants.» Tout de suite, le bazar des combi semble bien futile.

Puisqu’elle n’est pas encore un gagne-pain, la natation est pour lui «un médicament. Un sport qui donne la santé. Ça soigne. C’est vraiment complet». Le garçon sait de quoi il parle. Avant de découvrir son sport, en tant qu’agent d’entretien dans la piscine (de 25m) d’un hôtel de Ouagadougou, où son patron l’attend lundi prochain, Pascal Zoundi s’est essayé à l’athlétisme et au cyclisme. «Ça n’a pas marché.» Au Burkina, il jure être «LE champion de natation». Un peu moins reconnu que Moumouni Dagano ou Habib Bamogo, les stars du foot. Mais déjà bien coté avec ses deux titres nationaux.

Séduit par le water-polo

Originaire de la province de Mogtedo, où il a longtemps cultivé le maïs et les haricots, le nageur ne sait pas s’il disputera à nouveau une grande compétition. Les Jeux olympiques? Ce sera pour les jeunes, qui nagent «de plus en plus vite», dans son sillage. Mais ici, Pascal Zoundi a eu une révélation en pointant son nez à un match de water polo. De retour chez lui, il entraînera les jeunes de son club à ce sport qu’il ne connaissait pas. En attendant, il s’est fixé un dernier objectif: «rencontrer Michael Phelps ou Alain Bernard». Il ne lui en faudrait pas plus pour réussir ses Mondiaux.