Les cyclistes privés d'oreillettes?

CYCLISME Dimanche, le championnat de France se courra sans oreillettes. Comme deux étapes du Tour...

M.Go.

— 

Des cyclistes transpirant dans un col alpin. Cela ressemble beaucoup au Tour mais ce n'est que le Dauphiné pour le moment. Le 13 juin 2009.
Des cyclistes transpirant dans un col alpin. Cela ressemble beaucoup au Tour mais ce n'est que le Dauphiné pour le moment. Le 13 juin 2009. — R.Pratta/REUTERS

Dimanche, le championnat de France de cyclisme sur route propose aux spectateurs de Saint-Brieuc un remake de «Retour vers le futur». Pour la première fois depuis longtemps, les oreillettes seront interdites. Finis les ordres lancés à chaque fait de course par un directeur sportif tranquillement installé dans sa voiture. Comme au bon vieux temps, les coureurs vont devoir gérer leur course et descendre à hauteur de leur voiture pour prendre des consignes.
 
Une idée défendue par Marc Madiot, le président de la Ligue française, et qui servira de test grandeur nature avant les deux étapes du Tour de France (la 13e et la 17e) pendant lesquelles ce dispositif sera également interdit. Une initiative, approuvée par l'association internationale des coureurs, mais qui provoque les débats au sein du peloton.
 
Car, plutôt qu’une solution d’avenir, certains, et notamment des favoris du Tour, y voient plutôt une pâle copie de «La Guerre du Feu». «Je ne suis absolument pas d’accord. Quel est le bénéfice de retourner au temps de la préhistoire?», a ainsi écrit Johan Bruyneel sur son Twitter. Dans la foulée, Lance Armstrong a approuvé son directeur sportif. Idem pour d’autres cadors du peloton comme Boonen qui trouve la course plus tactique avec des oreillettes.
 

Des courses moins cadenassées?


Les défenseurs des oreillettes sont pourtant de plus en plus rares. Particulièrement dans les équipes françaises, traumatisées par les courses cadenassées par les grosses équipes. «C’est sûr que pour des directeurs sportifs qui aiment contrôler la course et transformer leurs coureurs en automates comme Bruyneel à l’époque de l’US Postal, l’oreillette paraît indispensable», lance Didier Rous, le directeur sportif de Bouygues Télécom.  Les observateurs du Tour ont en effet tous en mémoire les équipiers d’Armstrong roulant comme un seul homme après une indication de leur directeur sportif. «Bon, après si les coureurs n’ont pas les jambes, tu auras beau leur crier dessus, ça ne changera rien», nuance Rous.

Reste que grâce aux oreillettes, les équipes peuvent plus facilement ruiner les initiatives individuelles. «A mon avis Philippe Gilbert serait un des meilleurs coureurs du peloton s’il n’y avait pas les oreillettes. Car il possède l’intelligence de la course», a ainsi l’habitude d’expliquer Marc Madiot, directeur sportif de La Française des Jeux, à propos de son ancien coureur.


Laisser l’initiative aux coureurs

 
Autre grief, les oreillettes auraient tendance également à rendre les coureurs spectateurs de leur propre course. «Je trouve que les oreillettes remplacent un peu le rôle du capitaine de route. Dans chaque équipe, il faut un mec qui motive, gueule sur les coureurs et qui prenne les décisions. Les oreillettes enlèvent en partie les responsabilités du coureur qui est parfois téléguidé», écrit Rémi Di Gregorio sur son blog hébergé par 20 minutes.fr. Une opinion relayée par de nombreux directeurs sportifs. «Moi je l’utilise très peu, explique Yvon Ledannois. Le briefing avant le départ est important. Ensuite chaque coureur a sa façon de sentir les choses, de sentir sa course. Il faut leur faire confiance.»
 
Malgré ces analyses, les équipes ont pris des habitudes confortables avec les oreillettes. Notamment dans les transmissions des informations. En cas de crevaison ou lorsqu’un coureur remonte des bidons d'eau pour tout le monde. «En fait l’idéal, ce serait qu’un coureur de l’équipe la conserve. Il ferait le lien avec le staff», conclut Didier Rous.