Jérôme Reijasse: «Le PSG cristallise toutes les haines anti-parisiennes»

FOOT Un supporter parisien témoigne dans un livre de ses doutes, ses craintes et ses petits moments de bonheur...

Propos recueillis par Alexandre Pedro

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Paris St-Germain's supporters cheer their team against Racing Strasbourg in their French soccer League one match at the Parc des Princes stadium in Paris  April 2, 2008. REUTERS/Charles Platiau (FRANCE)
Paris St-Germain's supporters cheer their team against Racing Strasbourg in their French soccer League one match at the Parc des Princes stadium in Paris  April 2, 2008. REUTERS/Charles Platiau (FRANCE) — REUTERS/Charles Platiau

Journaliste musical dans le civil, Jérôme Reijasse voue une passion dévorante au PSG depuis 20 ans. Dans «PARC», il raconte match par match une saison de sa vie de supporter alors que son club flirte avec la relégation. 

Pourquoi votre livre prend-il pour cadre 2008, une des saisons les plus compliquées du PSG, qui se sauvera de la relégation lors de la dernière journée?
Les vrais supporters se reconnaissent et se construisent dans les années de détresse. Même si la victoire me fait encore effet, étant donné qu’on ne gagne pas si souvent que ça à Paris. 

Vous n’avez pas peur que votre livre soit mal compris en France, où il n’y a pas vraiment de culture du «supportérisme»?
Si vous voulez dire que j’ai plus un rapport britannique au foot, j’en suis ravi! Mais je vis en France. Pourtant, je pense que Paris est l’un des rares clubs avec Lens et Saint-Etienne à avoir une culture anglaise.  En France, on ramène trop le supporter au hooligan, on en est encore au syndrome du Heysel. On a fait peur aux gens. Je me rappelle que j’avais peur, lors de mes premiers matchs au Parc des Princes. Après j’ai ri, même si j’ai vu de la violence comme partout ailleurs. J’ai aussi eu envie d’écrire ce livre parce que j’ai trop subi ces discussions où on ramenait toujours le PSG à ses supporters racistes. Je trouve ça injuste, triste et dommageable.

On sent d’ailleurs dans votre livre que vous considérez le PSG comme un club en lutte contre le reste du pays…

C’est incroyable, cette haine anti-parisienne qui se dégage. Je trouve que le PSG cristallise toutes les haines anti-parisiennes. «Parisien tête de chien», on y revient toujours un peu.  Cette haine Paris-province arrange tout le monde, les provinciaux, les Parisiens, de se sentir détachés et seuls contre tous.  Après, beaucoup de Parisiens eux-mêmes détestent le PSG, pour pas mal de raisons. A Barcelone ou Marseille, si le club joue son maintien, c’est l’union sacrée. Tout le monde descend dans la rue avec le maillot. A Paris, quand on va jouer notre maintien contre Sochaux, il ne se passe rien.

Souvent, on sent que la situation du PSG vous met dans des états désespérés. A moins que ce ne soit l’écriture, qui accentue cette sensation?

Je sais que ça peut sembler dur, mais j’ai rédigé les chapitres du livre le soir ou le lendemain des matchs, à chaud. Ce livre, c’est 1/7e de mes semaines! En me relisant, j’ai parfois honte de mon comportement. Il y a une certaine mégalomanie chez le supporter. Parfois, je me dis que si j’arrête mon abonnement, le PSG va redevenir un grand club. C’est assez con.

 >>«PARC, Tribune K, Bleu bas», par Jérôme Reijasse, L’œil d’Horus, collection Tard Le Soir