Ribout en route pour l'Europe

JUDO La judoka de 21 ans dispute en Géorgie ses premiers championnats européens...

Florent Bouteiller

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La judoka Moragane Ribout (à droite), à l'entraînement en avril 2009 dans le dojo du Lagardère Paris Judo.
La judoka Moragane Ribout (à droite), à l'entraînement en avril 2009 dans le dojo du Lagardère Paris Judo. — S.Ortola/20Minutes

Chez Morgane Ribout, il y a des signes qui ne trompent pas. Des détails qui, mis bout à bout, font toute la différence. Est-ce cette jeunesse débordante, son visage impassible avant d’entrer sur un tatami ou cette capacité touchante à souffrir durant les entraînements? Il y a sûrement de tout cela. Et Jean-Pierre Gibert a visé juste. En adoubant la jeune Française lors des prochains championnats d’Europe qui se disputeront la semaine prochaine à Tbilissi en Géorgie, le sélectionneur de l’équipe de France féminine a créé la surprise. «Elle fera partie des grandes dans les années à venir», assure-t-il. Une petite phrase qui a son importance dans une histoire qui vient à peine de commencer.

A bonne école

Avec ses cheveux courts peroxydés, ses grands yeux bleus et son kimono blanc, on la croirait tout droit sortie d’un manga. «J’avais envie de sortir de l’ordinaire», justifie-t-elle timidement. Essai transformé. A tel point qu’elle est devenue la coqueluche des combattantes asiatiques. «Lors du stage de préparation en Asie, elles me touchaient les cheveux. Elles semblaient fascinées», témoigne Morgane, un brin amusée. Mais au-delà de son look atypique, c’est un judo tout en souplesse et en déplacements qu'elle déploie. Et dans sa besace, il y a ce uchi-mata (grand fauchage intérieur) surprenant. Un hasard? Elle a été à bonne école. Formée au pôle espoir d’Amiens, la jeune athlète est montée comme une flèche. Championne de France cadette puis junior, la combattante fait sensation dans les dojos et dans la tête d'un certain Thierry Rey, champion olympique en 1980 et président de la section judo du Lagardère Paris Racing. «Quand je l'ai vue combattre pour la première fois, j'ai vu en elle un potentiel énorme. Tout de suite, j’ai eu envie de travailler avec elle.» Pour façonner sa judoka, Rey a choisi Bernard Tchoulouyan, un des plus purs techniciens français. Le duo a tout de suite fonctionné. «Morgane est très exigeante avec elle-même. Ça, c’est sa force. On ne s’invente pas champion, on le devient.» Silence dans la salle, le maître a parlé.

Le virage du Tournoi de Paris

Après sa troisième place aux championnats de France, sa titularisation était pourtant loin d’être acquise. Mais sa belle 2e place au tournoi de Paris en février a clairement modifié la donne. On attendait Barbara Harel, la titulaire indéboulonnable depuis une décennie. Niet. Sur sa route en demi-finale, Ribout lui subtilise la place. L’avenir? Elle le voit dans sa quête de progression. «Surtout, ne pas être un feu de paille», se dit-elle, parce que «le judo, c’est (sa) vie». Et quant à rêver des JO de Londres, alors oui, Morgane y pense parfois, mais elle n’ose pas en parler. Ou y croire. «Nous avons encore trois ans», conclut Bernard Tchoulouyan. Deux poids, deux mesures, qui font toute la différence. Une histoire de détail, encore.