Cape to Cape, des camions et des hommes

REPORTAGE Partis du Cap Nord le 1er mars, douze camions Renault Trucks doivent rejoindre le Cap de Bonne Espérance début juillet. Objectif: vendre des camions. Particularité: des salariés Renault Trucks sont au volant. Nous les avons suivis sur une étape de trois jours en Jordanie.

A Aqaba, Christophe Joly

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Etape de Cape to Cape, en Jordanie, avril 2009.
Etape de Cape to Cape, en Jordanie, avril 2009. — C. JOLY / 20MINUTES

Samedi 11 avril, 9h00. Le départ de l’expédition Cape to Cape est donné à Suwayma, sur les bords de la mer Morte. 12000 km ont déjà été parcourus depuis le Cap Nord à travers la Russie, l’Ukraine, la Roumanie, la Turquie et la Syrie, avant de rejoindre la Jordanie. Destination du jour: Petra, via 300 km de routes et de pistes. A 10h30, nous sommes déjà à 800 mètres d’altitude, à serpenter dans les routes de montagnes de Madaba, contre 400 mètres sous le niveau de la mer une heure et demi plus tôt. Sur la route du Roi, les prairies étonnamment vertes succèdent aux collines les plus arides. Pause à 11h30, le paysage est époustouflant, nous sommes au début de la vallée du Rift. Les villageois nous réservent un bon accueil, avec des signes et sourires amicaux. Passage devant l’imposante citadelle de Kerak, construite en 1142 par les Croisés, et retour vers la mer morte et son paysage aride. Jérusalem n’est alors qu’à 25 km à vol d’oiseau.
 

 
Des paysages à couper le souffle
Il s’agit maintenant d’attaquer le désert et les dunes, soit 45 km jusqu’à Petra. Depuis mon pilote a changé, Bertrand dit Mouss, pilote-cuisinier est aux commandes, quinze Dakar derrière lui. Le désert s’offre à nous et nos camions ressemblent à des taches rouges sur un fond jaune. La première dune ne l’impressionne pas, moi oui. Elle est raide, de son propre aveu. Pas question de la prendre de travers au risque de se renverser. Nous retrouvons la route de Wadi Namala, au milieu des montagnes de Petra. L’érosion due au vent et aux pluies torrentielles (il pleut autant ici qu’en région parisienne) ont forgé un paysage spectaculaire. Après la visite de l’incroyable ville de Pétra (classée au patrimoine mondial de l’Unesco), nous allons traverser le désert du Wadi Rum, donnant l’impression de rouler dans un décor de cinéma. D'ailleurs certaines scènes de Lawrence d'Arabie ont été tournées ici.
 
 
Des candidatures des quatre coins du monde
Au volant, douze pilotes (plus un, en cas de problème) particulièrement enthousiastes. Et pour cause, ils sont tous collaborateurs Renault Trucks, aux profils les plus variés. De Valérie, 39 ans, au service management budget et qualité à Lyon Saint-Priest, à Frédéric, 26 ans, électricien à Bourg-en-Bresse, ou Karoly, 53 ans, manager technique en Hongrie, ils font parti des 50 sélectionnés sur 250 candidats, issus de toutes les filiales du constructeur dans le monde. Un premier tirage au sort a permis d’en retenir 100, lesquels ont été soumis à des épreuves de conduite sur poids lourd, des tests psychologiques (notamment sur le comportement en équipe) et médicaux.
 

Des objectifs commerciaux avant tout
Qu’on ne s’y trompe pas, cette opération ne vise pas qu’à faire plaisir aux collaborateurs Renault Trucks, aussi satisfaits soient-ils. L’objectif avant tout d’ordre commercial. Renault s’offre là une caravane publicitaire de choix, invitant les clients à être passagers ou à prendre le volant sur certaines étapes, organisant pour d’autres des soirées de présentations réunissant entre 100 et 400 invités. «Après notre événement à Saint-Pétersbourg, nous avons reçu une commande de 70 camions une semaine plus tard », se félicite Elsie de Nys, project manager Cape to Cape. «En fait, l’objectif est de stimuler les ventes de camions, mais si en plus on peut en faire profiter les collaborateurs, c’est encore mieux.»
 

Pas question d’arrêter, malgré la crise
Pour ceux qui estiment qu’une expédition de ce type est déraisonnable en temps de crise, les réponses sont affûtées. «La préparation du projet remonte à début 2008, il n’y avait alors pas de crise économique en vue. Tout allait très bien pour Renault. Puis la crise est arrivée. Deux solutions: soit on arrête, soit on continue. Or nous pensons que c’est en moment de crise qu’il faut se rapprocher des clients. Là, ils sont avec nous en exclusivité, pas comme sur un salon, » argumente Elsie de Nys. Et d’ajouter «c’est une très belle opération, alors que tout le monde met la tête dans le sable.» Quant au budget, motus, tout juste apprendra-t-on qu’il n’est pas plus important qu’une campagne de communication européenne. «Mais cela nous rapporte beaucoup plus». Notamment au niveau des retombées médiatiques.
 
 
Un test grandeur nature
Dernier élément, la dimension technique. Si le Kerax (camion de près de 30 tonnes) est largement éprouvé, le Sherpa, un engin militaire de 7,8 tonnes, commence sa carrière commerciale. Il est ici testé en conditions extrêmes dans une version prototype pour une éventuelle déclinaison civile, pour les pompiers ou les services de l’équipement. D’ailleurs, ses designers étaient présents sur le terrain, pour voir leur « bébé » en situation. Hier soir lundi, c’est le cœur serré que les pilotes ont rendu leurs véhicules, mis sur un bateau pour descendre la mer Rouge et atteindre Djibouti. L’aventure reprendra le 4 mai sur le continent africain avec une nouvelle équipe de pilotes, pour arriver au Cap de Bonne Espérance le 8 juillet.