Auch, chronique d'un club au bord de la faillite

RUGBY Le pilier Grégory Menkarska raconte comment il vit le dépôt de bilan à venir de son club...

Alexandre Pedro

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Castres 5e, Biarritz 6e, et Montauban 7e, tous trois vainqueurs, ont consolidé leurs visas pour la Coupe d'Europe la saison prochaine, lors de la 23e journée de Top 14 samedi qui a vu Auch, déjà relégué, signer un inutile exploit en tombant le Stade Français.
Castres 5e, Biarritz 6e, et Montauban 7e, tous trois vainqueurs, ont consolidé leurs visas pour la Coupe d'Europe la saison prochaine, lors de la 23e journée de Top 14 samedi qui a vu Auch, déjà relégué, signer un inutile exploit en tombant le Stade Français. — Pascal Pavani AFP

«Je suis pris entre le cœur et la raison. Auch c’est mon club, ma ville, mais j’ai 27 ans et je ne m’imagine pas évoluer en Fédéral 2 ou 3». Il y a de la détresse amoureuse dans la voix de Grégory Menkarska. Depuis quelques jours, le pilier droit auscitain n’a plus trop la tête aux joies de la mêlée.  Au bord de l’abyme financier, son FC Auch (douzième de Pro D2)  est promis au dépôt de bilan depuis le retrait de son sponsor principal. Le 2 avril dernier, le président Eric Belooussoff annonçait la nouvelle à ses joueurs et leur expliquait qu’ils étaient libres de s’engager ailleurs.
 
«Fou» de rester

Ailleurs, Grégory Menkarska refuse d’y penser pour l’instant. Comme tous ses partenaires, il a déjà accepté une baisse de salaire de 14% en décembre. «Lors de la dernière réunion, le président m’a dit que si j’avais des propositions, je serais fou de ne pas donner suite», raconte-t-il. Grégory Menkarska n’est pas fou, juste attaché à une certaine idée du rugby et à la qualité de vie gasconne.

L’ultra-professionnalisme, il l’a pratiqué pendant deux ans au Stade Toulousain, mais dit en être vite revenu. «Ce n’était pas pour moi», résume le joueur qui avoue quelques touches avec des formations «de Top 14 et de Pro D2». En fin de contrat à Auch, il se dit pourtant prêt à repartir pour une saison au salaire minimum, c'est-à-dire 1.700 euros mensuels. «Mais même ces 1.700 euros, on n’est pas sûr de les toucher. Il faut aussi que je pense à moi», soupire-t-il. «J’ai une famille à nourrir et une maison à rembourser».

«On passe la semaine à gamberger»


Malgré le contexte, il reste pourtant une saison à finir. Samedi prochain, c’est derby. Auch reçoit Tarbes. Grégory Menkarska tente de s’y projeter tant bien que mal: «Les Tarbais ont toute la semaine pour préparer le match. Nous, on y pensera une fois arrivés au stade. Notre semaine, on la passe à gamberger sur notre avenir».

Entre colère et incompréhension,  l’enfant du pays voudrait bien demander des comptes, mais il ne trouve personne à qui s’adresser. «Peut-être que ça nous soulagerait d’avoir quelqu’un sur qui taper», concède-il. Faute de coupable tout désigné, Grégory Menkarska se pose des questions, beaucoup de questions. Il se demande ainsi comment «Bourgoin et Montauban comblent des trous de plus d’un million d’euros en une semaine, alors qu’un déficit de 300.000 euros s’avère rédhibitoire pour nous». Auch a jusqu’au 30 juin pour trouver cette somme. D’ici là, son pilier droit devra enfin choisir entre son club et sa carrière.